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L'univers borné et sans espoir du monde industriel, le déterminisme social qui dicte implacablement les rapports entre les êtres piégés dans la frustration et la violence, tel est le matériau malaxé avec rage dans ce premier roman. Nous voici plongés dans le quotidien laborieux d'une jeune femme qui ne tient pas à s'en laisser conter. Catapultée dans le milieu plutôt glauque d'une imprimerie politiquement véreuse, elle se retrouve vite au centre d'un véritable noeud de haine meurtrière. En effet, de suspicion en jalousie, l'entreprise où elle tente de s'intégrer en pleine promiscuité machiste prend très vite, au fil de l'intrigue, la dimension d'un enfer minuscule où va basculer son existence. Porté par une construction rigoureuse dans laquelle on reconnaît la fibre de la romancière et par un rythme haletant, l'écriture de Marie-Ella Stellfeld s'inscrit dans le courant actuel du polar avec la dénonciation du fascisme rampant où s'agitent valets et exécuteurs de basses oeuvres. Mais au-delà des standards du roman policier et du roman noir, le triangle d'argile lève crûment le voile sur ces espaces de désastre auxquels s'apparentent désormais des pans entiers de la société et de l'entreprise. La lutte pour la liberté individuelle s'y déchaîne avec toujours plus d'âpreté. Cette reconquête passe inévitablement par une violence que l'auteur sait restituer sans complaisance dans un style qui déménage. Autant prévenir tout de suite les lecteurs que Marie-Ella Stellfeld ne ralentit pas la cadence dans son deuxième roman qui sort aux éditions Petrelle. |
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Sous ce beau titre, s'écoule un texte très écrit qui renoue avec le genre épistolaire. La lecture s'abandonne ici au charme d'un style au raffinement extrême et s'accorde à la partition jouée par les protagonistes. Ces personnages, un peu trop élégamment ballottés dans les plis et les replis du temps, veulent en saisir quelques lambeaux grâce au tournage d'un film consacré à une dame disparue qui fut un écrivain reconnu et admiré. A travers la correspondance qui se tisse autour de ce projet, apparaissent en filigranes, en ombres portées, la vérité et la quête de ces êtres secrètement blessés. Malgré quelques concessions à une certaine préciosité frisant parfois le maniérisme branché, notamment dans ces petites apostrophes affectueuses en bribes d'anglais émaillant sans cesse les échanges de lettres, télécopies et messages, ce livre est l'oeuvre d'un écrivain de haute stature. |
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Sommes-nous vivants ? Telle est la première interrogation qui s'impose à la lecture de ce texte tout en légèreté. En effet, le pays des morts dont la narratrice nous tient la chronique étonnée ressemble à s'y méprendre à la vie, avec quelques complications en moins. "Une des premières choses que nous apprenons ici est que personne n'est rien pour personne." Dans cette contrée où les voyageurs descendent à l'improviste d'un invisible train, le mystère demeure mais ne s'épaissit pas. Il se décline en questions qui, contre toute attente, restent posées mais dont il est vain d'attendre les réponses. "Ah ! Que la vie est quotidienne !" s'exclamait le poète Jules Laforgue. Et que la mort est quotidienne, pourrait renchérir la narratrice que le temps a fui. Au pays des morts, les gens ont encore quelques tâches à accomplir mais dans quel but ? Certains sont là, d'autres ailleurs. Où ? Pourquoi ? "Quelqu'un quelque part doit avoir le goût du classement" écrit Claude Seyve avec malice en concluant : "Je marche dans la nuit et je ne sais pas où je vais." Oui, décidément, ce pays des morts, il nous rappelle parfois beaucoup les contours incertains de nos improbables existences. |
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Francesco Biamonti, comme le personnage principal de ce court roman inquiet et méditatif, est éleveur de mimosas. Cette précision serait superflue pour évoquer ce texte superbe, crépusculaire, si l'auteur, comme ses personnages, n'accordait pas une attention permanente, presque fervente, aux mouvements de la nature, aux plus infimes fluctuations de ces paysages de l'intérieur de la côte ligurienne, de l'arrière-pays de Vintimille, où se meuvent les errants, les fugitifs, les clandestins, les instables, tous ceux qui ont une bonne raison de passer la frontière ou d'aider leurs semblables à la franchir. On l'aura compris, ces paysages qui habitent les êtres autant que les êtres les peuplent n'échappent pas à la précarité. Les pires aspects de la modernité les menacent et corrompent les règles du jeu d'une contrebande vécue par le passé comme un sain antidote à la malédiction des frontières. De part et d'autre de ces frontières, se côtoient désormais en un ballet nocturne et muet les passeurs de l'ancienne école, les colporteurs de liberté et les autres, les trafiquants de main d'oeuvre et de drogue, les négriers d'aujourd'hui qui déshonorent le "le métier". Vari, le personnage principal du roman, honnête passeur d'hommes, nous ressemble. Il lui faut, comme nous tous un jour ou l'autre, se jouer de mystérieuses frontières pour renouer avec sa propre vie et en particulier avec Sabèl, une femme qui a disparu et qu'il faut retrouver parce qu'elle signifie tout : la terre à laquelle on s'accroche en se disant qu'il faudrait partir, les mimosas qui aident à rentrer un peu d'argent pour manger et, au détour d'un chemin rocailleux, un bout de mer qui brille, encore intact, en bas des oliviers en fin de vie. Des vents séculaires les frôlent : ce léger vent du Sud-Ouest que les marins appellent le "vent des demoiselles" ou "le vent des libellules"; mais il est un autre vent qui vient les troubler, le "vent largue", ce vent marin qui, comme la vie, change souvent de direction et inquiète les navigateurs... On pourrait bavarder longtemps sur les qualités du style de Francesco Biamonti, tout de sobriété et de précision. Contentons-nous de dire, tout simplement, que si l'auteur de l'Ange d'Avrigue soigne autant ses mimosas que ses phrases, ils doivent donner de bien beaux bouquets. |
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Publier une revue, publier en revue, ces deux projets vont souvent de paire pour de nombreux auteurs en quête de reconnaissance. Jean-Jacques Nuel, qui signe ce guide pratique traitant de façon exhaustive des aspects techniques, économiques et juridiques de la réalisation d'une revue, sait de quoi il parle puisqu'il a lui même créé et animé la revue littéraire Casse de 1993 à 1996.
Non seulement chroniqueur de revues dans le magazine Écrire&Éditer mais encore auteur de plusieurs ouvrages poétiques et humoristiques, sa signature est connue des abonnés aux publications du Calcre, l'association d'information et de défense des auteurs. L'apprécient aussi les lecteurs naviguant à leur gré sur les vagues de revues qui naissent, grandissent, déferlent ou clapotent et parfois, souvent, meurent sur les rivages du monde de l'édition, emportant avec elles des auteurs débutants ou chevronnés, roués ou naïfs, exubérants ou secrets.
A force de lire leurs noms dans des sommaires où les hasards des affinités, des rencontres et des envois postaux regroupent tous ces prétendants au grand loto de la notoriété, les auteurs intéressés par leurs collègues, les éditeurs attentifs aux découvertes, les attachés de presse et les journalistes encore curieux pourront tirer profit de la richesse de cet univers d'encre, de papier et... de sueur ! Car tout est passionnant mais difficile dans l'espace des revues.
Le candidat à la publication doit d'abord les connaître, les recenser, savoir quoi leur proposer, respecter un minimum de normes de présentation, penser à protéger ses oeuvres, éviter les pièges (compte d'auteur abusif), s'informer des nouveaux supports (Internet), bref, établir une stratégie de publication. De son côté, le créateur de revue ne peut sacrifier à l'improvisation. Projet rédactionnel, formalités légales, fabrication, diffusion, soutiens, aucune de ses étapes ne doit être négligée.
Le guide fournit en outre, dans sa partie Annexes, les modèles des différents documents administratifs à fournir, un carnet d'adresses reprises individuellement en exergue du texte ainsi qu'une solide bibliographie. Ajoutons à ce luxe de renseignements indispensables l'expérience que Jean-Jacques Nuel, également auteur d'un guide pratique de l'écrivain, sait faire partager avec rigueur et concision.
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