CHRONIQUES

CHRISTIAN COTTET-EMARD

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Marie-Ella STELLFELD,

Le triangle d'argile,

119 p,1997,

éditions Bérénice,

11 rue de la Glacière, 75013 Paris

Prix : 55 FF

Extrait

L'univers borné et sans espoir du monde industriel, le déterminisme social qui dicte implacablement les rapports entre les êtres piégés dans la frustration et la violence, tel est le matériau malaxé avec rage dans ce premier roman.

Nous voici plongés dans le quotidien laborieux d'une jeune femme qui ne tient pas à s'en laisser conter. Catapultée dans le milieu plutôt glauque d'une imprimerie politiquement véreuse, elle se retrouve vite au centre d'un véritable noeud de haine meurtrière. En effet, de suspicion en jalousie, l'entreprise où elle tente de s'intégrer en pleine promiscuité machiste prend très vite, au fil de l'intrigue, la dimension d'un enfer minuscule où va basculer son existence.

Porté par une construction rigoureuse dans laquelle on reconnaît la fibre de la romancière et par un rythme haletant, l'écriture de Marie-Ella Stellfeld s'inscrit dans le courant actuel du polar avec la dénonciation du fascisme rampant où s'agitent valets et exécuteurs de basses oeuvres. Mais au-delà des standards du roman policier et du roman noir, le triangle d'argile lève crûment le voile sur ces espaces de désastre auxquels s'apparentent désormais des pans entiers de la société et de l'entreprise. La lutte pour la liberté individuelle s'y déchaîne avec toujours plus d'âpreté. Cette reconquête passe inévitablement par une violence que l'auteur sait restituer sans complaisance dans un style qui déménage. Autant prévenir tout de suite les lecteurs que Marie-Ella Stellfeld ne ralentit pas la cadence dans son deuxième roman qui sort aux éditions Petrelle.

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Gilles MOURIER,

Ombres portées,

roman,1998, 184 p.

éditions Bérénice,

11 rue de la Glacière, 75013 Paris.

Prix :65 FF

Sous ce beau titre, s'écoule un texte très écrit qui renoue avec le genre épistolaire. La lecture s'abandonne

ici au charme d'un style au raffinement extrême et s'accorde à la partition jouée par les protagonistes.

Ces personnages, un peu trop élégamment ballottés dans les plis et les replis du temps, veulent en saisir quelques lambeaux grâce au tournage d'un film consacré à une dame disparue qui fut un écrivain reconnu et admiré. A travers la correspondance qui se tisse autour de ce projet, apparaissent en filigranes, en ombres portées, la vérité et la quête de ces êtres secrètement blessés.

Malgré quelques concessions à une certaine préciosité frisant parfois le maniérisme branché, notamment dans ces petites apostrophes affectueuses en bribes d'anglais émaillant sans cesse les échanges de lettres, télécopies et messages, ce livre est l'oeuvre d'un écrivain de haute stature.

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Claude SEYVE,

Nouvelles du pays des morts,

éditions de Garenne,

janvier 1999, 24 p.

Sommes-nous vivants ? Telle est la première interrogation qui s'impose à la lecture de ce texte tout en légèreté. En effet, le pays des morts dont la narratrice nous tient la chronique étonnée ressemble à s'y méprendre à la vie, avec quelques complications en moins. "Une des premières choses que nous apprenons ici est que personne n'est rien pour personne."

Dans cette contrée où les voyageurs descendent à l'improviste d'un invisible train, le mystère demeure mais ne s'épaissit pas. Il se décline en questions qui, contre toute attente, restent posées mais dont il est vain d'attendre les réponses.

"Ah ! Que la vie est quotidienne !" s'exclamait le poète Jules Laforgue. Et que la mort est quotidienne, pourrait renchérir la narratrice que le temps a fui. Au pays des morts, les gens ont encore quelques tâches à accomplir mais dans quel but ? Certains sont là, d'autres ailleurs. Où ? Pourquoi ?

"Quelqu'un quelque part doit avoir le goût du classement" écrit Claude Seyve avec malice en concluant : "Je marche dans la nuit et je ne sais pas où je vais."

Oui, décidément, ce pays des morts, il nous rappelle parfois beaucoup les contours incertains de nos improbables existences.

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Plastic instinct,

de Marie-Ella Stellfeld,

roman,1999,171p,

éditions Pétrelle,

24, rue Pétrelle, 75009 Paris

Prix : 94 FF

Extrait

Après Le triangle d'argile, un premier polar bien balancé publié aux éditions Bérénice, 11 rue de la Glacière, 75013 Paris, Marie-Ella Stellfeld remet le couvert avec Plastic instinct.

Du plastique, il en faut pour emballer la collection de cadavres féminins à laquelle se consacre le tueur en série Gilbert Garant. Pour venir à bout de ce prédateur des temps modernes qui vit chez maman et qui "opère" à Oyonnax, le SRPJ de Lyon mandate le trouble inspecteur Lorenzo Catta dont le passé dans ce qui fut, justement, la capitale des plastiques, traîne une odeur de sapin. C'est dans ce décor de zones industrielles et de "villas somptueuses avec vue sur des casses de voitures ou sur la grosse usine à papa" que vont se télescoper les vies déjà bien cabossées de l'assassin et du policier.

Dans la foulée déjà trépidante du Triangle d'argile où Marie-Ella Stellfeld excelle dans la description apocalyptique des univers masculins confinés, Plastic instinct affine le trait psychologique sans la moindre baisse de régime. Dès le début, la narration enchaîne un rapide et macabre ballet de personnages qui, socialement, ont des kilomètres au compteur. La dissection de leurs inavouables motivations prélude au dénouement où s'entremêlent en une pelote infernale les frontières du bien et du mal.

Avec ses chapitres déclenchés comme autant de douches écossaises (Tu crames, tu gèles, tu brûles, tu refroidis, tu chauffes, tu rafraîchis, tu roussis, tu grelottes, tu bous, tu glaces, tu incinères, tu flambes, tu calcines, tu embrases...) Marie-Ella Stellfeld s'approprie l'efficacité du roman noir pour décrire la capacité d'une de ces villes de province "sans histoire (s)" à se muer en un véritable pandémonium dès que reflue l'égout de la rubrique des faits divers.

Ayant, à l'inverse des victimes du tueur, conservé mon petit doigt, celui-ci me dit que les amateurs apprécieront.

 

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Jean PEROL,

Asile-Exil,

Prix Mallarmé, 1988,

ed La Différence, 1988.

Prix : 69 FF

Pour Jean Pérol, "Asile" et "Exil", sont deux mots qui riment bien ensemble. L'exil peut acheminer vers l'asile, au sens de l'aliénation par la dispersion de l'être dans la distance, mais aussi vers l'asile au sens de l'accueil, de la possibilité de se retrouver invité à se libérer des irrespirables cieux de son propre univers, des inacceptables limites de son propre code en se confrontant à celui des autres, des lointains, des confins. Bernard Pivot déclarait à Jean Pérol, à la télévision : «J'aime votre poésie, parce que c'est une poésie très concrète qui raconte, qui montre, qui apostrophe très souvent».

Le choix du jury du prix Mallarmé, composé de poètes prestigieux, résonne, à une époque où la nappe phréatique de la poésie alimente des fleuves cachés par nécessité, d'un clair avertissement aux bedeaux médaillés des chapelles comme aux laborantins décharnés des pharmacies à «lincuis' tres», pour reprendre un terme de Léon-Paul Fargue. Jean Pérol semble rejoindre dans son oeuvre, en particu-

lier dans celle-ci, ce grand navigateur de l'exil, Joseph Brodsky, prix Nobel de littérature 1987, qui précisait, dans son discours à Stockholm, publié dans le numéro de printemps de la revue Lettre internationale :

«Celui qui écrit un poème l'écrit avant tout parce que l'écriture poétique est un extraordinaire accélérateur de la conscience, de la pensée, de la perception du monde». Il explique alors qu'après avoir expérimenté une seule fois cette accélération par l'écriture, un homme en devient dépendant. "L'homme qui se trouve dans une dépendance telle de la langue est, je crois, ce que l'on appelle un poète", conclut alors Brodsky.

Ne retrouve-t-on pas cela dans le titre même du recueil couronné par le jury du prix Mallarmé 88, Asile-Exil ? Asile : folie de cette expérience. Exil : fuite et poursuite de cette dépendance.

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Louis DUBOST,

Fine pluie mouche l'escargot,

collection Le Farfadet bleu,

1996, 48 p.

le Dé bleu éditeur,

85310, Chaillé-sous-les-Ormeaux,

Prix : 48 FF

Louis Dubost ne fait rien comme les autres. En 1974, il lance une collection d'opuscules de poésie dont le succès auprès de lecteurs gourmets et attentifs donne désormais à la création poétique un de ses meilleurs espaces d'expression. Les plaquettes ronéotypées des débuts ont depuis longtemps cédé la place à de beaux livres qu'on reconnaît du premier coup d'oeil.

Pendant ce temps, des voix désolées nous chantent l'infortune de la poésie ("trop de poètes, c'est-à-dire plus de poètes, uniquement des poètes, c'est-à-dire plus de lecteurs").

Oui, vraiment, Louis Dubost ne fait rien comme tout le monde.

En ces temps de vitesse et de précipitation, il sort un petit livre "pour les enfants à partir de six ans et pour les adultes jusqu'à plus que centenaires », qui nous invite à entrer dans l'année de l'escargot.

"Fine pluie mouche l'escargot", ainsi s'intitule ce choix de textes, d'aphorismes, de dictons et de proverbes réunis par Louis Dubost et illustrés par Isabelle Diguet, est un vers de René Char présent dans ces pages avec un peu plus d'une quarantaine d'auteurs connus et moins connus.

Plus que le T. G. V. et les autoroutes de l'information, l'escargot les inspire tous au point que le lecteur se réjouira de pouvoir déguster autrement qu'au beurre persillé ou en chocolats ce « mollusque terrestre à coquille calcaire spiralée » aux qualités aussi multiples que méconnues. Ainsi Eric Ballandras nous rappelle-t-il que "l'escargot avance plus vite et ne pisse pas sous lui quand par hasard il est assis".

La sagesse africaine n'est pas en reste : "Tu vas à la chasse à l'éléphant et tu rencontres un escargot, prends-le".

"La colère de l'escargot est-elle perceptible ? » demande Francis Ponge.

Ne faites pas les cornes aux écrivains qui ne connaissent pas la réponse mais qui, pour une fois, célèbrent la coquille au lieu de la maudire !

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Charles Ferdinand RAMUZ,

Le Gros poisson du lac,

1993, 64 p,

éditions Séquences,

125, rue Jean-Baptiste Vigier,

44400 Rezé,

Prix : 48 FF

Comment "Le gros poisson du lac", nouvelle écrite par Ramuz en 1914, a-t-elle pu rester inédite jusqu'en 1992 (bien qu'un édition pré-originale ait paru dans la revue L'Aventure humaine, au sommaire du numéro de l'hiver 1988) ? Gérald Froidevaux, en postface de cette première édition mise au point par Séquences, éditeur de la collection ramuzienne dirigée par J.-L. Pierre et qui comprend les principaux titres du grand écrivain vaudois, avance quelques hypothèses. Le texte reste néanmoins nimbé de mystère, non seulement en raison de cette publication tardive, mais encore et surtout par la veine dans laquelle il s'inscrit. Sans sacrifier au fantastique pur, Ramuz explore, dans un style d'une limpide économie, l'aspect le plus irrationnel et le plus ténébreux des motivations humaines.

De la chronique d'un pêcheur plus habile que les autres à sortir des profondeurs abyssales du lac une créature étonnante qui semble contenir l'essence de toutes celles de la création,y compris celle de l'homme, Ramuz amène avec sobriété le lecteur au coeur d'une méditation ironique sur le versant obscur de la vie, sur ce qui ne doit pas être révélé au grand jour ou arraché à un milieu naturel sous peine de se dénaturer au point d'entraîner dans la spirale de la régression, de la décomposition et du chaos tous les êtres ayant approché de près on de loin le mystère. Point d'évocation apocalyptique ou dantesque pour parvenir au but. Ramuz se contente de tenir la chronique du pourrissement, de ce qui se délite : ainsi de la victoire du pêcheur qui se transforme en un échec cuisant, de son prestige qui dégénère en mépris, de sa proie qui se décompose en un brouet infâme à peine dans les casseroles, de sa fortune consécutive à la vente du poisson à une population aussi avide de la nouveauté que du remboursement de ses dépenses insensées pour quelques grammes de chair inconnue. Au passage, Ramuz éclaire froidement les rapports de pouvoir et de trahison qui s'établissent entre les personnages, hissant son récit à la hauteur d'un contrepoint d'une évidente virtuosité.

A notre époque où la notion de "transparence" bascule parfois dans les excès de l'obsession hygiéniste, la nouvelle de Ramuz nous rappelle que l'homme, du haut de sa science et de son ingéniosité, doit aussi savoir prendre en compte l'opacité, le secret, l'énigme, gardiens d'une marge de liberté, et composer avec ces données de l'existence qu'incarne le fabuleux poisson.

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Francesco BIAMONTI

Vent largue,

1993, 123 p,

éditions Verdier

11220 Lagrasse

Prix : 78 FF

Cette poésie qu'il est parfois si malaisé de débusquer dépouillée de ses oripeaux et de ses artifices dans les anthologies où s'entassent les textes et leurs auteurs, nous la surprenons dans toute sa rugueuse liberté à chaque page de Vent largue, le dernier roman de Francesco Biamonti, paru dans la nécessaire collection de littérature italienne «Terra d'altri» dirigée par l'écrivain, critique et traducteur Bemard Simeone aux éditions Verdier. Signalons que le premier roman de Biamonti, né en 1930 près de Vintimille, L'Ange d'Avrigue, publié chez le même éditeur, date de 1983. Depuis, d'autres textes ont suivi. Citons le dernier : Les Paroles de la nuit, aux éditions du Seuil (1999).

Francesco Biamonti, comme le personnage principal de ce court roman inquiet et méditatif, est éleveur de mimosas. Cette précision serait superflue pour évoquer ce texte superbe, crépusculaire, si l'auteur, comme ses personnages, n'accordait pas une attention permanente, presque fervente, aux mouvements de la nature, aux plus infimes fluctuations de ces paysages de l'intérieur de la côte ligurienne, de l'arrière-pays de Vintimille, où se meuvent les errants, les fugitifs, les clandestins, les instables, tous ceux qui ont une bonne raison de passer la frontière ou d'aider leurs semblables à la franchir.

On l'aura compris, ces paysages qui habitent les êtres autant que les êtres les peuplent n'échappent pas à la précarité. Les pires aspects de la modernité les menacent et corrompent les règles du jeu d'une contrebande vécue par le passé comme un sain antidote à la malédiction des frontières. De part et d'autre de ces frontières, se côtoient désormais en un ballet nocturne et muet les passeurs de l'ancienne école, les colporteurs de liberté et les autres, les trafiquants de main d'oeuvre et de drogue, les négriers d'aujourd'hui qui déshonorent le "le métier".

Vari, le personnage principal du roman, honnête passeur d'hommes, nous ressemble. Il lui faut, comme nous tous un jour ou l'autre, se jouer de mystérieuses frontières pour renouer avec sa propre vie et en particulier avec Sabèl, une femme qui a disparu et qu'il faut retrouver parce qu'elle signifie tout : la terre à laquelle on s'accroche en se disant qu'il faudrait partir, les mimosas qui aident à rentrer un peu d'argent pour manger et, au détour d'un chemin rocailleux, un bout de mer qui brille, encore intact, en bas des oliviers en fin de vie. Des vents séculaires les frôlent : ce léger vent du Sud-Ouest que les marins appellent le "vent des demoiselles" ou "le vent des libellules"; mais il est un autre vent qui vient les troubler, le "vent largue", ce vent marin qui, comme la vie, change souvent de direction et inquiète les navigateurs...

On pourrait bavarder longtemps sur les qualités du style de Francesco Biamonti, tout de sobriété et de précision. Contentons-nous de dire, tout simplement, que si l'auteur de l'Ange d'Avrigue soigne autant ses mimosas que ses phrases, ils doivent donner de bien beaux bouquets.

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Jean-Jacques NUEL,

La Revue,

MODE D'EMPLOI

(guide à l'usage des auteurs, des créateurs de revues et des attachés de presse)

éditions du Calcre, BP 17, 94404 Vitry cedex. 1999.

Prix : 84 FF (12,8 euros).

Bulletin de commande interactif sur le site du Calcre :
http://www.calcre.com/sho/com.htm

 

 

 

Publier une revue, publier en revue, ces deux projets vont souvent de paire pour de nombreux auteurs en quête de reconnaissance. Jean-Jacques Nuel, qui signe ce guide pratique traitant de façon exhaustive des aspects techniques, économiques et juridiques de la réalisation d'une revue, sait de quoi il parle puisqu'il a lui même créé et animé la revue littéraire Casse de 1993 à 1996.

Non seulement chroniqueur de revues dans le magazine Écrire&Éditer mais encore auteur de plusieurs ouvrages poétiques et humoristiques, sa signature est connue des abonnés aux publications du Calcre, l'association d'information et de défense des auteurs. L'apprécient aussi les lecteurs naviguant à leur gré sur les vagues de revues qui naissent, grandissent, déferlent ou clapotent et parfois, souvent, meurent sur les rivages du monde de l'édition, emportant avec elles des auteurs débutants ou chevronnés, roués ou naïfs, exubérants ou secrets.

A force de lire leurs noms dans des sommaires où les hasards des affinités, des rencontres et des envois postaux regroupent tous ces prétendants au grand loto de la notoriété, les auteurs intéressés par leurs collègues, les éditeurs attentifs aux découvertes, les attachés de presse et les journalistes encore curieux pourront tirer profit de la richesse de cet univers d'encre, de papier et... de sueur ! Car tout est passionnant mais difficile dans l'espace des revues.

Le candidat à la publication doit d'abord les connaître, les recenser, savoir quoi leur proposer, respecter un minimum de normes de présentation, penser à protéger ses oeuvres, éviter les pièges (compte d'auteur abusif), s'informer des nouveaux supports (Internet), bref, établir une stratégie de publication. De son côté, le créateur de revue ne peut sacrifier à l'improvisation. Projet rédactionnel, formalités légales, fabrication, diffusion, soutiens, aucune de ses étapes ne doit être négligée.

Le guide fournit en outre, dans sa partie Annexes, les modèles des différents documents administratifs à fournir, un carnet d'adresses reprises individuellement en exergue du texte ainsi qu'une solide bibliographie. Ajoutons à ce luxe de renseignements indispensables l'expérience que Jean-Jacques Nuel, également auteur d'un guide pratique de l'écrivain, sait faire partager avec rigueur et concision.

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Jean-Jacques NUEL,

Nuel n'est prophète en son pays,

aphorismes humoristiques et poétiques, éditeur Littera,

32 p, 1991,

LITTERA,éditeur B.P. 72 69350 La Mulatière,

ISBN 2-907585-00-2

Prix : 15 FF

 

Une gloire posthume

serait une farce du temps.

 

 

 

 

 

 

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Marie-Reine SOREL

Le matin

dans

la ville

Presse de Valmy

165, rue de Paris

94220 Charenton-le-Pont

130p , 1999

prix : 90 FF

Un voyage par le train, un matin de printemps. Un retour automnal en autocar dans le soir tombant. Une promenade à pied sur un sentier de montagne. La découverte d'une maison en ruines dans un pré solitaire. Des étés au bord de la Méditerranée. Tous ces thèmes sont repris en variations dont les résonances secrètes évoquent ce que Marguerite Yourcenar nommait "le goût passionné de la vie et l'interrogation amère sur la vie".

Un livre délicieusement kaléidoscopique où la peinture précise des êtres et des choses ainsi que l'acuité des regards intérieurs se conjuguent au rythme délicat d'une écriture sensible et colorée.

 

 

 

Marie-Reine SOREL est l'auteur de plusieurs romans et de nouvelles publiées dans des revues en Suisse, en Belgique et en France (notamment à La Revue de Paris et à la Nouvelle Revue Française). Son premier roman, les Petites Filles, a obtenu le prix de la Guilde du Livre, et un autre, la peinture d'un songe, un prix de la Société des Gens de Lettres.

Extrait

 

 

 

Cela commence comme du Jean Grenier avec la Méditerranée qui nous chavire dans la joie immense et les plaisirs minuscules. Puis, viennent des accents d'André Dhôtel avec l'étrangeté des campagnes où l'on circule en autocar ou en autorail dont la lueur des plafonniers se mesure avec ténacité à l'énorme marée de la nuit autour dune route sinueuse. Mais gardons-nous d'abuser de ces références d'ailleurs trop subjectives car c'est bien dans le paysage intérieur de Marie-Reine Sorel que nous cheminons avec délice, toujours entre l'éblouissement et la mélancolie.

Voici un livre surprenant, capable de nous tenir de la première à la dernière ligne par sa seule musique. Pourtant, que de risque de fausse note dans ce registre de l'intime et de la mémoire... En ciselant ce bijou, l'auteur de "Brume sur un étang" (André Silvaire éditeur) ne pouvait l'ignorer. Elle a vaincu tous les pièges, notamment celui d'une nostalgie de pacotille qui tend aujourd'hui à supplanter ce qui demeure toujours intact du passé. Si nostalgie il y a, elle est à considérer dans le sens étymologique du mot ("retour" et "souffrance"). Oui, Marie-Reine Sorel regarde dans le rétroviseur de voitures désormais trop rapides. Certes transporte-t-elle dans le coffre son bagage de souffrance, celle, insistante, secrète et pourtant partagée des derniers signes envoyés d'univers en disparition.

Mais tout cela qui, paradoxalement, autorise l'accès à la joie mystérieuse de l'instant, est dit sans emphase, à partir de rien : le chemin de fer, les vitres du car, le tangage de l'autorail, l'herbe des talus, l'étoffe d'un vêtement, quelques pans de mur, la petite ville de passage et, enfin, ce matin dans la ville dont la chute en forme de salut à la fois vaincu et triomphant à l'étonnement du monde nous laisse en suspens entre la merveille et l'obscur.

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