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Ce temps aujourd'hui plus précieux que l'or et que les négriers des distances abolies cherchent désormais à soustraire à ceux qui, toujours dépossédés, avaient trouvé dans ses replis leur imprévue richesse : la gourmandise du veilleur, la provision du matinal.
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Amis voyageurs des forêts du verbe, ce gîte vous est ouvert en ces dangereuses frontières où l'authentique poésie est objet de contrebande. Vivant dans ces étroits couloirs de nos textes que sont les marges, avec néanmoins la frayeur (la sainte, l'incorruptible frayeur!) comme unique règle à calcul, Christian Cottet-Emard habite une lagune mortelle dans laquelle s'engloutissent les villes flottantes. Si on définissait la poésie comme "un dandysme fragile", ces élégies à bout portant seraient autant de cathédrales auréolées d'écume de rêve. Dans ces miroirs irréfléchis, des animaux traqués laissèrent furtivement d'inamovibles empreintes vives. Nous vous invitons à en relever parmi les plus rares avant que la pesanteur n'ait fait imploser les parois de ce monde insoutenable.
Cette heure dont le chien s'approprie toujours l'espace par inadvertance charrie aujourd'hui des objets qui nous sont chers. Table sous l'arbre beau parleur, toile cirée, verres, assiettes, portail grand ouvert et rue de village, tout cela semble inscrit dans le galbe et la sinuosité des beaux jours. Tout s'arrondit comme les légumes promis à ces assiettes et le vin à ces verres. Notre regard en ondoiement s'émeut d'une affiche rendue inoffensive et d'un muret moussu ou bien encore épouse la tiède rondeur des tuiles. Les voilà nos trésors à vifs en la rousseur du vivre et ce besoin de les nommer sans cesse devrait nous inquiéter, nous questionner, en ces temps barbares où toute évidence est maintenant bonne à redire. Il faut avoir rencontré la souffrance avant cette lucidité pour débusquer en une simple table ainsi dressée en plein air l'accomplissement d'un rituel dans le précaire et l'innommé.
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Que faire d'une langue morte lorsque l'on se tait ? Tu t'es levé, barricade au milieu de l'avenue Lavé à grande eau et dispersé. Tu as pris le temps dans le poing Tordu le cou aux prouesses non tenues. sois brave et laisse ton nom en majuscules Jusqu'à la fin.
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"Bernard Deson n'écrit pas pour fixer une pensée déjà élaborée. Peut-être même hésite-t-il entre le simple désir de vivre et le besoin, ô combien mystérieux d'assembler des mots. Je crois plutôt que l'écriture le conduit vers ce lieu où,par-delà les gestes, les actes affichent leur véritable portée."
Comme Eluard, Bernard Deson, pourrait parler de ses mains lieuses. Il avoue son besoin de toute chose et de son contraire. Il excelle à tout rapprocher dans un monde où le Bien et le Mal ne sont plus irréconciliables, et où, malheureusement, les yeux sont témoins de leur arrêt de voir, et les aras, muets. Une entreprise totalisante s'impose. Le souci de réduire les contradictions explique, je suppose, le rôle joué par l'Arbre, être androgyne, synthèse de tous les éléments et symbole de régénérescence. Il existe dans tout le livre une tendance à l'élèvation que la présence, ici d'un paysage, là d'un écheveau de sensations, ailleurs de la jeunesse et de l'amour, préserve de tomber dans une excessive cérébralité. Je me demande si le titre de l'ouvrage ne doit pas s'entendre en donnant au mot épervier ses deux sens, "d'oiseaux solaire" et "de filet à poissons" ? Bernard Deson me semble pris dans une espèce de dualité dont il se libère en mettant en oeuvre quelque violence, evidemment morale. Dès lors, il est autorisé à faire allusion au vol, à l'effraction et à des coups d'incisives. |
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électrique, enveloppée de voiles, la belle fille s'allonge dans la douceur du Drame |
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Entre brises et brisants, ostensiblement, l'invisible se déshabille derrière un flaque
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Voici le dernier travail d'Armand Got publié par ses soins peu de temps avant sa mort en 1976. Cette variante en vers du conte de Prosper Mérimée nous le rend plus attachant encore. Le fascicule original était de la taille d'une carte postale et comportait douze pages à peine. Nous l'avons amplifié et enrichi de bois d'Arsène Brivot.
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C'est en 1926 que l'instituteur Armand Got eut l'idée de rendre l'exercice fastidieux de la récitation beaucoup plus séduisant en lui donnant un caractère ludique. "Nous annonçons quelques jours à l'avance l'étude d'un joli texte. C'est la promesse alléchante qui excite la curiosité des petits." La Méthode d'Armand Got a fait ses preuves : dès lors, il ne s'agit plus seulement d'apprendre et de réciter platement un texte mais de le jouer, de le danser, de nouer des rondes... "La Poèmeraie" est plus qu'une anthologie à la manière des années vingt :"la plupart des poèmes du recueil sont offerts d'abord pour la délectation des enfants ; leur rôle est surtout de créer une émotion esthétique. Le charme a traversé plusieurs décennies. Ce livre éveille la nostalgie à chaque page. Tristan Klingsor, Stuart Merrill, Edmond Rocher, Georges Gaudion par exemple ont sombré dans l'oubli le plus total mais leur poésie reste fraîche à nos coeurs. |
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Entre le geste de peindre et celui d'écrire, le seul pas à franchir a l'espace vierge de la page ou de la toile pour territoire. En dehors de cela, tout est affaire de technique : le peintre entame un rapport direct à la matière, l'écrivain un dialogue serré avec la syntaxe, mais dans un seul but : produire du sens. Les sujets qui surgissent de la toile et les mots qui courent sur la page se soustraient ainsi à un chaos immaculé, à un silence assourdissant. Les textes de Christian COTTET-EMARD et de Colette GUY fonctionnent dans ce but. Il faut les lire et les relire jusqu'au moment où tout peut devenir évident ou s'en laisser bercer comme pour retrouver mystérieusement les éclats en prismes d'une enfance perdue. Il en va de même pour les illustrations de Gabriel GUY qui accompagnent et contribuent à libérer encore un peu plus la charge de sens des mots et des structures proposées. Attention cependant : le trait de plume ou de gravure, l'éclosion d'une quadrichromie, à l'image des textes, ne se laissent pas prendre au lasso d'un coup d'oeil hâtif. Il faut être patient et renouer avec une lenteur salutaire pour entrer dans ce livre et pour y demeurer. |
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Clément Lepidis est un somnambule. Le rêve qu'il vit, il n'en découvre le merveilleux qu'en s'éveillant, quand tout ce qu'il en garde se réduit à un mirage qui s'éloigne. Il n'a ensuite pas assez de sa vie pour épuiser un souvenir de plus en plus vague et déchirant à mesure qu'il se mue en absence.
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Voici un premier recueil dans lequel s'affirme une des libertés fondamentales de la poésie, le refus des étiquettes. Classique, cette écriture ciselée et amie de la rime ? Pas autant que la forme versifiée pourrait le laisser croire. Moderne, cette inquiétude qui assombrit souvent ces transparences ? Pas autant que l'apparente spontanéité du style pourrait l'indiquer. Nous cheminons là dans un univers qui nous est familier mais que seul le poète peut soustraire à l'irréalité à laquelle le temps, tout à la fois notre ennemi et notre père nourricier, le condamne. Juliette Menthon semble hantée par un sentiment d'urgence à devoir raconter dans ses plus subtiles variations ce monde si fragile qui nous porte. On comprend donc qu'elle puisse se dispenser de toute concession aux avant-gardes ou aux archaïsmes auxquels la coquetterie des littérateurs ne peut renoncer. Rien ne pèse ou ne pose dans l'art de Juliette Menthon, ce qui n'empêche pas une solide cohérence aux angles polis par cette musicalité qui fait souvent défaut au poème contemporain. Forte de cette harmonie des sons et du sens, l'écriture de Juliette Menthon peut alors s'autoriser une délicatesse qui ne verse jamais dans la mièvrerie. C'est au prix de la recherche d'un tel équilibre qu'elle peut alors nous faire entendre sa voix, celle qui n'appartient qu'à elle et qui, pourtant, rejoint la nôtre, conformément à l'exigence qui fut, est et sera celle de toute véritable initiative poétique. Mais n'oublions pas que c'est aussi par la grâce d'une sincérité totale que l'écriture poétique de Juliette Menthon nous touche. Qui connaît ce poète discret, presque secret, peut témoigner de l'absence de tout décalage entre l'oeuvre et la personne. Ainsi sait-elle aborder les grands thèmes de toute poésie (le temps, la nuit, la lumière, l'attente, l'élan vers l'autre...) sans les réduire à des motifs ou des blasons. Cette réussite s'explique par une sensibilité si vive et si courageusement revendiquée qu'elle rejoint d'emblée la seule intelligence qui compte en poésie, celle du coeur.
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"Nos vrais moralistes n'ont pas fait de phrases, ils on regardé et se sont regardés. Ils n'ont pas légiféré, ils ont peint". Les mêmes mots qu'Albert Camus employa pour introduire les "Maximes et Pensées" de Chamfort peuvent être mis en exergue du livre de José Casajuana. Au jour le jour d'une vie denses, l'auteur de ces axiomes a calligraphié sur des bouts de papier la géographie subtile de son univers sensible. Homme d'exil, cet anarchiste espagnol a très vite fui l'Espagne de 36 , constatant avec effarement que "les idées tuent". Déjà, il a deviné que la seule issue de secours réside dans l'accomplissement de sa propre révolution, à l'opposée de celle prêchée en Sorbonne. Son premier contact avec la France aurait pu l'écurer de notre culture et de notre langue : les camps de concentration de Léon Blum n'avaient rien à envier à ceux des pays fascistes. "L'homme ne s'exprime entièrement dans la vie qu'à de rares occasions",écrit Henri Bataille, "et ce qu'il dit n'est généralement qu'un aspect de lui-même, un rapport momentané de soi avec les événements". Donc, pas de vérité indiscutables, pas de dogmes dans les pages du livre de José Casajuana ? "GRANDEUR NATURE" est à la dimension de l'être humain qui ne sait rien mais qui pressent tout dans son champ d'expériences. Si à la place du succès, de la fortune, du bonheur que l'on cherchait, on a trouvé un peu de lucidité et de sagesse, il n'y a pas lieu de se plaindre. L'égalité est aussi belle vue d'en bas qu'affreuse vue d'en haut. On est inconsolable de ne pas être plus heureux que les autres. |
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Publié clandestinement vers 1935, cet essai a circulé sous le manteau avant de terminer sa course entre nos mains. Jean de Saint-Jean est bien entendu un pseudonyme et le port d'un masque pour dévêtir dame Vérité peut laisser sceptique. Ces leurres n'enlèvent rien à la force des propos de ce livre visionnaire qui établit de subtiles passerelles entre les alchimiste et les physiciens nucléaires. Ce qui ne pouvait plus être compris par le commun des hommes, il fallait en inculquer le souvenir.Ainsi se fondèrent les religions, dont le but essentiel était de conserver les plus beaux joyaux de la pensée. La dureté d'une vie matérielle laissait malgré tout l'homme sensible à l'influence impérissable des forces spirituelles - devenues pour lui mystérieuses. Les légendes devaient, par leurs récits extraordinaires, frapper les imaginations simples et les faibles mémoires. Il est curieux, en nos temps modernes, de voir la théorie matérialiste se détruire elle-même par ses propres découvertes. Quel est le grand principe de toute religion ? - sinon la supériorité del 'âme sur le corps, la victoire de l'esprit sur la matière négligeable ? Quelle est la plus belle réalisation, celle qui dépasse et de loin, toutes les connaissances "scientifiques" jusqu'ici acquises, sinon la découvert de la science atomique, fille de l'électricité ? |
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Avec ce court récit, Christian Cottet-Emard nous égare dans le temps et l'espace .Cet égarement sur un rivage inabordable et au sein d'une épave échouée est aussi ce par quoi un legs précieux nous est fait, celui, narguant le temps, d'un amour impossible et inespéré aussi délicat et fragile qu'une boîte de cailloux non retrouvée dans la déposition, cailloux et fragments de coquillages où la mer et le temps ont laissé des délicatesses de couleur et qu'on aurait envie de garder avec soi par ce qu'elle tient du larcin, du cadeau et du viatique. Nouvelle parue dans Le Jardin d'Essai n° 16 (janvier-mars 2000) et n°17 (avril/juin 2000), 7 square Dunois 75646 Paris cedex 13. Un numéro : 75 FF, Email : sbalazard@teaser.fr |
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"LE RETOUR D'ULYSSE" a été créée à Bergerac le 7 juin 1996 au Caveau de la Vinée par Jean-Yves Bertin et Valérie Fauguerolles.
ELLE J'attends le retour d'Ulysse. Ah ! ...Très bien ! Mais il va lui falloir au moins une heure ou deux avant d'arriver. Je pourrais peut-être m'asseoir et vous faire la conversation. Histoire de passer le temps ! Je ne suis pas impatiente. Et de plus, il est possible qu'il ne soit de retour que dans un siècle ou deux. C'est vous qui trouverez le temps long. Mais, dîtes-moi, avez-vous l'habitude d'importuner les étrangères ? |
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Cette pièce en un acte, "Avez-vous entendu la mer", a été créée le 3 janvier 1983, sur Antenne 2, dans l'émission "Théâtre pour demain", avec Gabriel Cattand et Annie Sinigalia; Réalisation : Jeannette Hubert. Les personnages sont : M.Barsac :écrivain Mme Dieu : estivante Des voix extérieures.
Le thème : une rencontre, dont la phrase de T.S Eliot, placée en exergue ("Il faut que je sache qui elle est, pour savoir qui je suis") éclaire l'aspect essentiel. Le lieu : la scène se passe sur la terrasse en surplomb d'un hôtel, vieux style, d'une station balnéaire. Au fond, le ciel, l'espace, d'où peuvent parfois monter des cris lointains de mouettes,des rires assourdis, des bruits divers. Une balustrade qui a fait son temps. Un ou deux tables style jardin. Des chaises. M.Barsac entre. Il porte son manuscrit, un dictionnaire. Il s'installe à l'une des tables. Il y met beaucoup de naturel, mais une intense satisfaction. Il ouvre son manuscrit. Le stylo en main, il commence à relire ses dernières pages écrites la veille; Survient Mme Dieu.
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Né le 14 avril 1901 à la Sauvetat-du-Dropt, Jean Joseph Herman Massias a vécu à la campagne entouré de femmes (sa grand-mère et sa mère) et de livres. Le divorce précoce de ses parents a fait de ce fils unique un enfant puis un adolescent hypersensible, replié sur lui-même. "Elevé en fait par deux femmes admirables, ma mère, la personne que j'ai le plus aimé au monde et dont l'image me hantera jusqu'à la mort,et une grand-mère plus autoritaire, j'avais besoin de moins d'introspection alors j'ai coupé les amarres ne gardant que le goût de la lecture et celui des idées...C'est à vingt ans qu'il fit réellement la connaissance de son père, comptable dans une entreprise de Marmande, grâce à un camarade de régiment, Emile Castagnet, chapelier, originaire de la même ville. Chaque soir, tard dans la nuit, il lit, prend des notes, écrit des lettres et des vers. Luttant contre l'épuisement, il bâtit un empire de connaissances interdisciplinaires. Les sciences, la politique, la philosophie, la littérature du vingtième siècle se mêlent dans un creuset magique pour élaborer la matière première d'une oeuvre distanciée des rumeurs d'une époque troublée. |
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"Cette histoire là n'aurait pu se vivre qu'à la tombée de la nuit. Tout ce,qui jette l'âme dans l'autre scène commence nécessairement quand le soleil des hommes s'est caché, d'un basculement irrémissible derrière les hautes maisons de la cité. La ville ne serait pas une ville nouvelle, aux rues et aux allées tracées au cordeau. Elle serait millénaire et lourde des échos étouffés par l'impudence des citadins. Ses ruelles et venelles seraient imbriquées et lovées comme les entrailles aux lacis complexes, sans nul sens pour qui passe. Le temps ne serait ni clair, ni doux. L'hiver, par ses contraintes sur nos chairs, conviendrait mieux à cette incursion. Le froid pénétrant et humide serait la trame de toute pensée, de toute action, le gel de la liberté expansive des nuits de mai où l'on peut courir et se réfugier à l'ombre lunaire d'un arbre ou d'un pont aperçu."
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