LE COMPLOT
L'homme à la redingote grise marche lentement,
les bras croisés derrière le dos, le buste
droit. Le gravier du chemin crisse sous ses pas
résignés et méthodiques. Parfois une
rafale chargée d'embruns ralentit sa progression et
vient décoiffer une tignasse terne raidie par le sel,
laissant découvrir un court instant le front
bombé de teinte olivâtre. Juste au-dessous ce
regard éteint.
Parvenu au bord de la falaise vertigineuse d'où
monte un mugissement sourd, l'homme s'attarde quelques
secondes sur l'horizon. Comme à son habitude, la mer
est démontée. Oh, ce n'est pas la
tempête, non. Seulement un temps de saison.
D'ailleurs, l'île n'en connaît qu'une de saison,
celle des vents.
Ici, l'air ne s'immobilise pour ainsi dire jamais.
L'espace autour de soi est en continuel déplacement,
jusqu'à prendre une consistance presque palpable,
telle un Iinceul de soie délicate nous enveloppant et
nous frôlant à chaque instant. Poils et cheveux
ne connaissent que peu de répit, jusqu'à
l'exaspération, voire la douleur.
Ici, l'air ne fait que passer. Il ne s'attarde que
très rarement, en certaines criques abritées
ou quelque chemin creux.
L'océan non plus ne s'arrête jamais. Aux
eaux succèdent les eaux et encore d'autres eaux,
chaque lame entraînant sa voisine,
inlassablement.
Tandis que l'île, elle, reste là,
impassible, indifférente, rivée à son
socle volcanique, seul point inamovible dans cet univers
instable où tout avance : l'air, les flots... et le
temps.
Voilà bientôt six ans que les
éléments le narguent continuellement. Six ans
qu'il est coincé sur ce caillou ridicule noyé
dans l'immensité bouillonnante. Avec pour seule
compagnie une poignée de rustres au parler
incompréhensible et disgracieux, une garnison de
soudards à l'uniforme grotesque, à l'arrogance
insigne : ses sujets ou ses geôliers ?
Bernd Muller est le seul à ne pas être
anglais à Longwood. D'ailleurs, les autres lui font
bien sentir sa différence, ne lui adressant que
très exceptionnellement la parole, seulement lorsque
le service l'exige. Bernd ne recherche pas lui non plus leur
compagnie. C'est un solitaire, un fils de montagnards,
habitué à dialoguer seul avec
l'immensité. Et même si cet îlot
rachitique battu par les vents n'a pas grand chose à
voir avec les gras alpages de son Tyrol natal, il ressent
ici la même humilité face à la
majesté et la puissance de la Nature. Parfois, le
soir, lorsqu'il est de garde devant la maison du
Prisonnier et que l'océan s'accorde quelques
heures de répit avant de reprendre de plus belle en
plein coeur de la nuit, il ferme les yeux et se surprend
à imaginer que la faible rumeur, le léger
bruit de succion que font les vagues en se retirant de leur
lit de galets est en réalité produit par le
frémissement des épicéas au passage du
foehn, la respiration de la forêt, à l'heure
où les montagnes se colorent de mauve et où
les chamois font de timides incursions dans les
vallées.
A l'instar de ses quelques six millions de
congénères présent sur l'île,
Tic-Tic la fourmi brune, originaire du continent - plus
précisément de la frontière
séparant l'actuelle Namibie de ce l'on appelle
aujourd'hui l'Angola - est arrivée aux Briars puis
à Longwood par des moyens divers non encore
clairement élucidés de nos jours.
L'explication tendant à privilégier
l'hypothèse d'une dérive accidentelle et
aléatoire de la colonie sur des troncs flottants sous
l'effet de puissants courants marins ne tient en aucun cas
compte de la capacité de libre arbitre de ces
aninaux-là.
En réalité, personne ne sait exactement
comment ni pourquoi les fourmis brunes ont
débarqué à Sainte-Hélène,
pas même Tic-Tic qui passe pourtant auprès de
ses soeurs comme particulièrement ferrée en
histoire antique. Mais plus de quinze mille
générations se sont succédé
depuis et l'on comprend aisément le peu
d'intérêt que doit susciter une telle
considération chez un bébé fourmi
turbulent et curieux, tout savant soit-il.
Non, ce qui passionne avant tout Tic-Tic, c'est
l'exploration, la découverte de son gigantesque
territoire.
En effet, depuis sa naissance, elle avait
déjà parcouru des centaines de
kilomètres, sillonnant l'île en tous sens, en
quête de sensations fortes et d'inconnu. Hélas,
Sainte-Hélène offre peu de diversité
aux yeux du visiteur et notre insecte en avait fait assez
rapidement le tour. Après avoir recensé deux
colonies d'iguanes marins, être entrée en
relation avec quelques tortues terrestres et noué des
contacts avec une société d'abeilles sauvages,
Tic-Tic avait dû se rendre à l'évidence
: cette terre ne présentait strictement aucun
intérêt pour une fourmi de la quinze
millième génération.
C'est alors que l'insecte s'était souvenu de la
présence des Hommes là-bas, à l'autre
extrémité de l'île. Avant d'aller
suggérer au Conseil des Anciens l'abandon pur et
simple de ce caillou inhospitalier, Tic-Tic avait, sans
grand espoir, décidé de faire un détour
par le hameau de Longwood, un regroupement de cabanes aux
planches vermoulues recroquevillées autour d'un
bosquet d'arbustes chétifs.
Apparemment, rien qui vaille la peine de s'y attarder.
Mais lorsque la fourmi pénétra dans l'une des
baraques, ce fut pour elle un choc : que d'objets, de formes
et de matières inconnues ! Et tous ces recoins,
renfoncements, niches, fentes et autres orifices ! Jamais
elle n'avait imaginé rencontrer autant de
diversité, de chaos chez les hommes. Il allait
falloir des mois et des mois pour visiter toutes ces
habitations...
C'est ainsi que Tic-Tic, remettant à plus tard
sa décision d'interpeller le Conseil des Anciens,
avait commencé son exploration du monde
humain.
L'homme à la redingote grise s'ennuie. D'un
ennui incommensurable qui le vide peu à peu de sa
substance. Le jour, il arpente les sentiers de cette
île qu'il connaît par coeur ; la nuit, il essaye
d'écrire. Des heures durant, il reste courbé
sur sa table de travail. A la lueur blafarde d'une lampe
à pétrole, il trace avec
opiniâtreté des lignes d'écriture sur
des feuillets jaunis par l'humidité. Sont-ce encore
des mots intelligibles qu'il couche fébrilement sur
le papier, où bien a-t-il déjà
achevé de vider son être de toute raison ? Il
l'ignore lui-même. Mais ces moments d'intense
activité (intellectuelle ?) sont par trop
précieux pour qu'il y renonce. Ils constituent
l'unique preuve de son appartenance au monde des vivants. Le
reste de son existence n'est que mécanisme et
fonctionnement.
Toutes les trois heures, un bruit de bottes vient le
tirer de sa rêverie, c'est la relève de la
sentinelle postée devant sa porte. Le Prisonnier
ignore tout de l'identité de ses gardes, mais il en
reconnaît certains au bruit de leur pas : la
démarche irrégulière de l'unijambiste,
le pas feutré de celui qui, ensuite, passe son temps
à siffloter le même air enjoué,
l'arrivée pathétique du tuberculeux (de jour
en jour sa toux se fait plus grasse) et surtout l'irruption
tonitruante du colosse tyrolien qui fume un tabac à
l'arôme subtil. Celui-là, l'Empereur le
connaît un peu. C'est un étrange personnage, le
seul parmi ses geôliers à susciter en lui autre
chose qu'animosité ou indifférence. Un ours
bourru, plus ou moins sorcier que ses compagnons tiennent
à l'écart tout en lui reconnaissant un statut
supérieur au leur. Un être solitaire qui ne
semble cependant pas souffrir de son isolement et dont
l'attitude à toujours été très
correcte, presque amicale, à l'égard de
l'Empereur. Intrigué et troublé, celui-ci ne
peut s'empêcher d'éprouver une inexplicable
sympathie pour cet homme.
A chaque nouvelle expédition, Tic-Tic va de
surprise en surprise. Après avoir
visité deux immenses bâtisses mal
éclairées où, la nuit venue, des
humains s'allongent sur des coffres de bois et
d'étoffe disposés
géométriquement avant que d'emplir l'espace
de grondements et d'odeurs fortes ; après
avoir découvert un bâtiment d'où
émanaient d'autres odeurs, plus agréables
celles-là, et dans lequel les hommes laissent
stupidement brûler toutes sortes de plantes et
d'animaux morts, la jeune fourmi vient de
pénétrer dans une baraque plus petite que les
autres, située un peu à l'écart.
Celle-ci ne contenait aucun humain mais était
peuplée d'objets encore plus
incompréhensibles, distribués de façon
plus ou moins ordonnée dans une multitude de niches
et sur des corniches de bois fixées aux parois : os
et dents d'animaux divers, bouquets d'herbes
séchées, fragments de roches inconnues,
coquillages transparents contenant poudres et liquides de
toutes les couleurs... Cloués aux poutres du plafond,
se balançaient des cadavres d'oiseaux et de
reptiles...
Bernd ne s'ennuie jamais. Ses heures de garde, il les
met à profit pour méditer sur sa condition
d'insulaire ou se remémorer les jours heureux de son
enfance, lorsqu'il accompagnait son grand-père
à la chasse ou qu'ils partaient tous deux au fin fond
de la forêt cueillir des plantes médicinales.
Bernd se sent riche de toutes ces années
essentielles, et le passé n'est jamais
complètement le passé au fond de son
être.
Lorsqu'il a terminé son service, il se
réfugie à l'infirmerie. Construite à
l'époque des Hollandais, l'unique construction de
pierre du hameau, située légèrement en
dehors de celui-ci, n'a d'infirmerie plus que le
nom.
En effet, six mois s'étaient
écoulés depuis la mort accidentelle du
médecin de la garnison et l'on attendait toujours son
remplacement. Les officiers du camp, ayant eu vent des
talents de guérisseur du soldat Muller, l'avaient en
un premier temps autorisé à utiliser sa
science seulement en cas de force majeure, lorsque des vies
étaient en jeu. Mais peu à peu, on en
était venu à le consulter même pour des
maux bénins. Ses pratiques, parfois à la
limite de la sorcellerie, faisaient un peu peur mais se
révélaient plutôt efficaces.
C'est ainsi que le local de l'infirmerie avait
progressivement changé d'aspect, prenant de plus en
plus l'allure d'une hutte de rebouteux, une tanière
de sorcier, avec ses parois ornées de plantes et
d'animaux séchés et ses étagères
chargées de fioles et de flacons au contenu
mystérieux. Bernd y passait des heures
entières à préparer toutes sortes de
décoctions, tisanes, onguents et autres cataplasmes,
respectant fidèlement les enseignements de son
grand-père, se lançant parfois dans des
innovations, des améliorations.
Sa plus grande fierté était d'être
parvenu à reconstituer une préparation
typiquement alpine en utilisant presque essentiellement des
plantes présentes sur l'île. L'extrait obtenu,
en doses infinitésimales, était
consommé par les chasseurs de chamois tyroliens car
il avait, dit-on, la propriété
d'améliorer le souffle en altitude. Bernd en
absorbait lui-même régulièrement,
étant sujet à de fréquentes crises
d'asthme (l'humidité et la moisissure de sa couche y
étaient pour beaucoup), mais il en administrait
également au soldat Watson - le tuberculeux - bien
qu'un tel traitement ne soit guère efficace chez ce
malheureux qui ne reverrait certainement jamais
l'Angleterre.
La fiole contenant ce médicament était
toujours placée bien en évidence sur un coin
d'étagère, en cas d'urgence.
En ce début de mois de Mai les vents redoublent
de plus belle. Les hauteurs de l'île sont
balayées par des bourrasques à plus de 120
km/heure et il devient très périlleux de
s'aventurer le long des falaises. Aussi, mais plus par
lassitude que par réel désir de se
préserver d'un quelconque danger, l'Empereur
exécute-t-il ce jour-là sa promenade matinale
à l'abri des baraquements, dans la cuvette naturelle
où se blottit le hameau de Longwood.
Vêtu de son éternel manteau gris, tel un
automate, il arpente mécaniquement les allées
de terre battue en laissant échapper de temps
à autre un soupir qui en dit long...
Tic-Tic est aux anges. Elle ne sait plus où
donner des antennes dans cette caverne d'Ali-Baba (le conte
oriental est bien connu de ces fourmis aux racines
africaines) dont chaque recoin regorge des trésors
les plus inattendus. Les mondes animaux,
végétaux et minéraux y sont largement
représentés, auxquels viennent s'ajouter
quantités d'objets humains inconnus et notre insecte
furète, farfouille, inspecte, savourant avec
délectation chacune de ses trouvailles, avant de
poursuivre fébrilement son exploration.
Escaladant avec l'enthousiasme de son jeune âge
une immense paroi de pierre à la surface grumeleuse,
Tic-Tic atteint ensuite une sorte de corniche de bois d'une
longueur de plusieurs centaines de pas (de fourmi) sur
laquelle trône une multitude d'objets
hétéroclites alignés comme le sont
souvent ces humains habillés tous pareils.
Le petit insecte est intimidé car à cet
endroit-là règne une faible pénombre ne
lui permettant pas de distinguer clairement la nature de ce
qui l'entoure. La prudence est de mise : à cette
hauteur-là commence le domaine des araignées
et de leurs embûches insidieuses. Partagées
entre une sourde appréhension et sa soif de
découvertes, notre fourmi poursuit toutefois sa route
le long de la corniche, en s'aidant de ses antennes pour
s'orienter.
Tout à coup, Tic-Tic butte sur un obstacle. Ses
pattes et ses antennes entrent immédiatement en
action afin d'identifier celui-ci. Très vite, la
petite fourmi prend conscience qu'il s'agit d'un insecte
d'une taille gigantesque. Soudain, saisie d'effroi, elle
fait un bond en arrière : elle vient de
reconnaître le corps dégingandé d'une
mante religieuse.
Sans prendre la peine de vérifier si le
féroce prédateur est mort ou vif, Tic-Tic
prend ses six pattes à son cou. Prise de panique,
elle fonce à l'aveuglette, droit devant elle, se
cognant de nombreuses fois contre des corps non
identifiés, en renversant même certains autres.
Complètement affolée (pour rien au monde elle
ne reviendrait sur ses pas), la malheureuse espère
atteindre l'autre extrémité de la corniche et
regagner le sol par la paroi de pierre.
Et soudain, c'est la catastrophe. Un des corps
heurtés par Tic-Tic vient d'en renverser un autre qui
lui-même fait perdre l'équilibre à son
voisin, et sous les yeux effarés de la petite fourmi
se met en branle un impressionnant jeu de dominos, mettant
en mouvement toute la rangée d'objets. A l'origine,
ce n'était guère qu'une canine de petit
carnassier que notre insecte avait renversée.
Seulement, la petite dent se trouvait à très
faible distance d'un minuscule coquillage pointu,
posé en équilibre sur la planche, tout comme
l'était le reste de la collection classée par
ordre de grandeur. Si bien que le dernier coquillage, le
plus volumineux, une fois déséquilibré,
n'a aucune difficulté à renverser sa voisine,
une grande outre en peau de chamois adossée à
la pierre, tandis que Tic-Tic, qui s'est vite remise de sa
frayeur, suit en sautillant, amusée, la progression
du raz-de-marée qu'elle vient de provoquer.
Déstabilisée par la chute du dernier
coquillage, l'outre de peau chancelle, hésite un
instant puis s'abat de toute sa masse sur une rangée
de fioles aux tailles et aux formes variées,
lesquelles, à leur tour, partent à la renverse
en s'éparpillant sur la planche, mais sans se briser,
dans un cliquetis cristallin du plus bel effet
musical.
C'est un enchantement de sons délicats et de
reflets colorés qui accompagne Tic-Tic dans sa course
insouciante, tandis que l'invraisemblable mascaret de
bibelots parvient élégamment à l'autre
extrémité de l'étagère.
Légèrement distancée par cette onde qui
dans son parcours final avait redoublé de vitesse, la
fourmi n'a que le temps de voir basculer dans le vide une
jolie petite fiole d'un bleu translucide dont l'unique tort
avait été d'être placée en fin de
rangée, en dernière position sur le
rayonnage.
Une demi-seconde plus tard, le petit flacon
éjecté va terminer sa chute sur le rebord d'un
robuste pichet de grès au contact duquel il se brise
en mille morceau, se vidant de la quasi totalité de
son contenu à l'intérieur du broc.
Puis, subitement, après tout ce
remue-ménage, le silence s'installe à nouveau.
Un silence lourd de reproches, qui donne à Tic-Tic
l'impression confuse qu'elle vient de faire une
bêtise.
Jugeant plus prudent de disparaître avant que
l'on ne s'aperçoive de quelque chose, notre insecte
s'éclipse discrètement et regagne au plus vite
sa colonie, avec la ferme intention de ne jamais rien
révéler de toute cette aventure.
Au-dehors, les vents n'ont pas faibli. Bien que
relativement abrité, le hameau grince de tous ses
volets, craque de toutes ses poutres. Dans les "rues", aucun
signe de vie. Des tourbillons de poussière, tels des
tornades miniatures, traversent les allées en se
contorsionnant.
L'Empereur a la gorge desséchée et la
bouche pâteuse. Il est las de tout ce mouvement
inutile. Préférant écourter sa ballade,
il regagne lentement sa maison par un itinéraire
tortueux.
Parvenu à la hauteur de l'infirmerie,
l'Empereur croise sur sa route le colosse tyrolien qui s'en
revient chargé d'un grand panier rempli de fleurs
mauves. Les deux hommes se saluent. Devant la porte de la
cabane, ils échangent quelques mots. Des
banalités, rien que des banalités. Et
pourtant, chacun se sent lié à l'autre par une
indéfinissable estime.
Exaspéré par une soif qui le poursuit
depuis qu'il a mis le nez dehors, l'Empereur finit par
demander un verre d'eau à Bernd. L'Autrichien
disparaît un instant à l'intérieur de la
cabane et en ressort tenant à la main un pichet de
grès au goulot ébréché.
Une vague inquiétude a pris corps dans son
esprit, car il lui a bien
semblé ne pas avoir vu à sa place
habituelle la fiole qu'il laisse toujours à
portée de main.
Ce petit flacon bleu en cristal de Bohème qui
contient la précieuse préparation alpine, un
produit connu de nos jours sous le nom d'arsenic...
Gilles
BAILLY
© Gilles
Bailly
Texte paru dans l'Encrier Renversé, (n°
38)
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