Le Croquant .- Bernard Deson, quelle fut la genèse des éditions Orage-
Lagune-Express ?
Bernard Deson : L'un des premiers ouvrages a été publié en 1987. De la poésie, L'inventaire des fétiches par Christian Cottet-Emard qui est devenu par la suite membre à part entière de l'association puisqu'il dirige aujourd'hui la collection "Littérature".
Orage-Lagune-Express n'est pas ma première expérience en édition : en 1979, alors que j'étais étudiant à 1'l. U. T. « Métiers du livre » de Talence, j'ai créé une première revue littéraire, Germes de barbarie. J'ai eu rapidement envie d'éditer des « suppléments », plaquettes issues de manuscrits arrivés par la poste. Car c'est notre principale identité : publier ce que les « grands » refusent pour des raisons commerciales (de mauvaises raisons !). La poésie, les nouvelles, les journaux intimes (lorsqu'ils présentent à nos yeux un intérêt littéraire) ont droit de cité chez nous ! Ce sont environ 150 manuscrits qui nous parviennent chaque année. Même si notre capacité n'est que de 4 ou 5 titres par an, la porte reste ouverte pour conseiller ceux qui veulent tenter l'expérience en solitaire !
En 1987, alors que le concept de Germes de barbarie s'épuisait, nous avons reconstruit une politique rédactionnelle pour la revue et c'est ainsi que le premier numéro d'Orage-Lagune-Express a vu le jour. Pierre Desproges fut notre premier invité. Jean Cocteau, Georges Brassens, Joseph Delteil ont suivi. Michel Butor, Jean Tardieu et Raymond Radiguet sont sur la prochaine liste.
L.C: Combien de titres avez-vous à votre catalogue ?
B.D : Près d'une quarantaine. De la poésie certes, mais aussi du théâtre, des essais et des inclassables. Livres et revues cohabitent dans le même espace éditorial.
L.C. Comment diffusez-vous ?
B.D : Principalement par abonnement pour la revue et par l'envoi de catalogues aux bibliothèques et en exploitant un fichier de clients rencontrés sur les « champs de foire » culturels (salons, fêtes du livre). Il faut néanmoins remettre la diffusion à la bonne échelle : il s'agit de microédition. Chaque plaquette de poésie ou de théâtre a un tirage de 300 exemplaires et la revue de 500 exemplaires.
Deux années s'écoulent en moyenne pour que le tirage initial soit vendu.
Autre singularité, tous les titres restent disponibles au catalogue : cela signifie que nous rééditons tous les ouvrages au fur et à mesure.
L. C : Qui appartient à votre comité de lecture ?
B.. D .Christian Cottet-Emard (rédacteur),Serge Montigny (écrivain), Denys-Louis Colaux (écrivain), Olivier Czuba (auteur-compositeur) et selon la thématique des différents numéros de la revue : Pierre Tesquet (dossier Joseph Delteil), Jacques Izoard (poésie belge contemporaine), Alain-Claude Gicquel (Mishima), etc...
L. C : Quels sont vos projets ?
B.D : A l'heure du multimédia, nous ne pouvions pas rester au bord de la route : un CD accompagné d'un hors-série de 120 pages consacré à Georges Brassens est sorti des presses en juin 1997. Les fantômes de l'Olympia sont la rencontre dans les coulisses de ce lieu légendaire entre les mânes de Brassens, Brel, Ferré et Barbara alors à l'affiche. Le résultat, un « boeuf » de 16 chansons (dont 9 véritables textes inédits de Brassens restés sans musique) et des poèmes de Paul Fort, Emile Verhaeren ou des pastiches de notre crû.
Le résultat est un spectacle musical (le disque précède la scène) où l'imaginaire rôde aux frontières du réel. L'ouvrage Brassens, le Purgatoire transcrit cet univers sur le papier et trace un portrait pointilliste et désacralisé.
Aujourd'hui, après cette première tentative, la revue devient multisupport. Notre concours annuel Entrée des artistes nous met en relation avec des auteurs-compositeurs interprètes avec lesquels nous allons développer des projets tels que des CD de poètes mis en musique. La création avec mise à jour permanente de notre site internet s'inscrit dans cette dynamique.
Techniquement, nous nous faisons un point d'honneur à réaliser la plupart des ouvrages nous-mêmes. Pour ce faire, nous nous sommes progressivement équipés en informatique et en matériel d'imprimerie pour conserver une autonomie précieuse.
Au tarif des imprimeurs classiques, nous n'aurions pu éditer qu'un titre ou deux par an, et encore ! Et puis les piles d'invendus sont ce qui démotive le plus un éditeur en herbe. Nous publions au fur et à mesure les exemplaires dont nous avons besoin. Avantage, aucun titre n'est jamais épuisé et les années passant, certains ouvrages atteignent des chiffres dignes des éditeurs traditionnels, voire supérieurs !