LES PENTES FABULEUSES

DOMINIQUE PONCET

(extrait)

 

La haine de l'ennui, énorme. Le bonheur de la flemme. De quoi je me serais plaint ? C'était les beaux jours ou jamais et je le savais et j'en profitais.

Les montagnes fantastiques, les forêts médiévales, la girandole des pentes, les prés, les champs volubiles, les blés, les cailloux, les vaches, le chien, la ferme, l'imprimerie, le tracteur, les tronçonneuses, les machines, les beaux outils, tout ce qu'on bouffe, boit, respire, renifle, aperçoit, ressent, mon bel état d'idiotie bienheureuse, la joie des cerises, des fraises et des patates, et du fromage par goinfrées, les ruisseaux où se tremper le cul, les tropiques dès les foins de juin, les pluies démentielles, le vert fabuleux des printemps, les automnes couleur de pain avec la brume comme de la mie, les neiges de ruée vers l'or, la complicité des bêtes, des légumes et des éléments, les rêves en technicolor, ma vie dans les arbres... les merveilles étaient encore tellement plus nombreuses que les démons.

Accueil - Retour