LE MATIN DANS LA
VILLLE
(Extrait)
Marie-Reine Sorel
Que de voyages nous avons faits ainsi dans la petite
boîte éclairée d'une voiture, d'un
autocar ou d'un train. On est là, à l'abri,
à traverser le monde extérieur sombre et
menaçant, et chaque tour de roue nous sauve, nous
arrachant au danger qui nous guette. N'est-ce pas l'image
même de la vie, voyage apparemment
protégé dans un univers dont nous ne savons
rien, mais dont nous sentons obscurément que nous
devons tout redouter. Un moment, on ferme les yeux.
Qu'avons-nous à voir sur cette route que nous
connaissons par cur, que reste-t-il à voir ?
Bientôt il fera tout à fait nuit, il faudrait
avidement scruter le paysage dans le jour mourant, mais la
fatigue nous prend, nous ne voulons pas en savoir davantage.
Nous sommes vaincu, nous nous rendons.
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