EXTRAITS

 

 

 

LE MATIN DANS LA VILLLE

(Extrait)

Marie-Reine Sorel

 

Que de voyages nous avons faits ainsi dans la petite boîte éclairée d'une voiture, d'un autocar ou d'un train. On est là, à l'abri, à traverser le monde extérieur sombre et menaçant, et chaque tour de roue nous sauve, nous arrachant au danger qui nous guette. N'est-ce pas l'image même de la vie, voyage apparemment protégé dans un univers dont nous ne savons rien, mais dont nous sentons obscurément que nous devons tout redouter. Un moment, on ferme les yeux. Qu'avons-nous à voir sur cette route que nous connaissons par cœur, que reste-t-il à voir ? Bientôt il fera tout à fait nuit, il faudrait avidement scruter le paysage dans le jour mourant, mais la fatigue nous prend, nous ne voulons pas en savoir davantage. Nous sommes vaincu, nous nous rendons.

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LE TRIANGLE D'ARGILE

((Extrait)

Marie-Ella Stellfeld

 

Le froid de mars figeait l'air en brume légère et semblait bloquer la végétation dans un tableau dramatique qui n'avait pas évolué au cours de la journée.

Ce matin, le gel menaçait les fleurs de la vigne et tout le long de la route j'avais aperçu la fumée des chaufferettes que les vignerons avaient disposées entre les pieds de vigne pour réchauffer l'air. Ces petits braseros étaient placés par dizaines en quinconce et dégageaient des volutes de fumée blanche. Ces petits feux follets offraient un spectacle fascinant de sabbat matinal. Le gel pouvait réduire à néant et en quelques jours une année de précieuses vendanges. Le mètre carré de côteaux valait très cher puisque nous étions en plein vignoble champenois. je rétrogradai et accélérai pour dépasser un enjambeur, sorte de grand tracteur fait pour passer au-dessus des pieds de vignes.

Une voiture klaxonna en me dépassant rapidement, je reconnus Raoul, le type qui s'occupait du stock de papier à l'usine. je ne l'aimais pas beaucoup, il avait un air suffisant et colportait régulièrement tous les potins de l'atelier. Il se rabattit trop rapidement et m'obligea à freiner brutalement. je le maudis intérieurement et le laissai filer. Je supposai que pour lui comme pour moi la journée qui s'achevait avait été dure.

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EX CORPORE

Extrait

Franck Resplandy

 

Elle le regarde, il lui sourit.

Elle le prie d'entrer dans sa maison. Il est beau. Il est grand. Il tient à la main son casque et ses gants de moto. Elle lui demande s'il va mieux. Il répond que oui, beaucoup mieux, grâce à elle, puis il sourit encore. Il semble sûr de lui, à l'aise. Sa peau est blanche, légèrement rougie par le froid. Elle lui propose un café et il l'accepte aussitôt. Il marchait dans le hall de l'hôpital ce matin, avec une expression d'impatience sur le visage. Elle lui avait demandé ce qu'il attendait. Il avait répondu que quelqu'un devait descendre, la personne de l'accueil le lui avait assuré. Il portait par instants la main à son côté en grimaçant légèrement.

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