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C'est à Saint-Claude dans le Jura que j'ai rencontré François Perche, alors que je participais au premier festival de littérature et de bande dessinée auquel m'avait invité l'écrivain Roland Fuentès, responsable de la revue Salmigondis. A cette époque, en mars 2003, François Perche arrivait bientôt au terme de quelques mois de résidence à la Maison du peuple dans le cadre des activités de l'association La Fraternelle. Il intervenait en relation avec l'opération Potlach, une action de mixité culturelle. De son côté, Roland Fuentès avait saisi l'occasion de sa présence à Saint-Claude pour l'inviter au festival animé entre autres auteurs par Pierre Autin-Grenier, Jean-Jacques Nuel et la romancière de polars Marie-Ella Stellfeld. Échanges de livres, lectures et conversations partagées, ce fut une vraie rencontre ponctuée d'allers et retours entre la salle des fêtes où avait lieu le festival et la bibliothèque municipale de Saint-Claude où nous fûmes reçus avec disponibilité et gentillesse par les bibliothécaires puis, de nouveau lors d'une lecture publique chaleureuse à la Fraternelle (association culturelle, 12 rue de la Poyat 39200 St-Claude).
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L'oreille
du
libraire,
HB éditions, mars 2003 Un
long
chemin,
HB éditions,
2001 Celui
qui vient le courrier à la
main,
Éd. Paupières de
terre,1998 |
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REPÈRES BIOGRAPHIQUESPoète, dramaturge et romancier, François Perche, né en 1941 en Périgord, vit principalement à Paris mais se définit volontiers comme un "familier du monde". Il a séjourné au Mexique dans une communauté indienne du Chiapas (à lire "Pierres indigènes", Éd. Rougerie). Il a été libraire. Il profite également de sa résidence à St-Claude (39) en 2003 pour écrire un ouvrage sur Henry Ponard et son grand-père francomtois du Territoire de Belfort. Ils étaient tous les deux de la même génération, et tous les deux confrontés au monde ouvrier de la fin du 19ème et début du 20ème siècle.
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Pour qui a eu la chance d'écouter François Perche lire des extraits de ce livre au premier festival de littérature et de bande dessinée de Saint-Claude dans le Jura organisé en mars 2003 par la revue Salmigondis, le souvenir de sa voix émergeant à peine de la rumeur du public en train de flâner devant les tables de livres et d'albums n'est pas près de s'éteindre. C'est là, dans cette salle des fêtes, un dimanche matin, sans le secours d'un micro, entouré d'autres auteurs invités du festival que François Perche a eu sans doute une fois de plus maille à partir avec de dures images, celles de la guerre d'Algérie enfin mises en mots après ce qui fut "beaucoup plus qu'un douloureux silence." Livre d'une guerre qui resta longtemps sans dire son nom, Un long chemin ne se limite pas aux souvenirs d'un soldat embarqué dans l'aventure algérienne. Ce livre est celui de toutes les guerres dans lesquelles sont "appelés" des jeunes gens parmi lesquels beaucoup n'auront pas le temps de réfléchir à leur malchance, celle qui fait se mêler les histoires de destins individuels aux mensonges et aux duperies de l'Histoire avec un H majuscule. Car le livre de François Perche ne commence pas directement par son expérience algérienne mais par des bribes de souvenirs d'enfance où se fixent déjà des images de guerre, celle de 39/45, mais aussi de moments de grâce et de plénitude fragile souvent associés à l'eau. Élément de prédilection de la poésie de François Perche qui a publié pas loin d'une dizaine de recueils, notamment chez Rougerie, l'eau vient véritablement irriguer, par de saisissantes ruptures narratives, un récit empreint de l'aridité et du feu dévastateurs de blessures encore à vif. Incorporé en novembre 1961 et immédiatement envoyé en Algérie, François Perche se trouve confronté à d'inconfortables constats : "J'ai su alors que les hommes se découvraient naturellement soldats. Même s'ils se croyaient antimilitaristes." Cette révélation jette une lumière crue sur les épisodes d'horreur relatés dans tous les livres de guerre mais elle a, dans celui-ci, le mérite d'empêcher ce qu'on pourrait appeler leur désincarnation par effet de cliché voire même de stylisation. |
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François Perche évite cet écueil en s'efforçant de restituer ces paroxysmes de sauvagerie (pratiqués par les deux forces antagonistes) sans jamais baisser les yeux ou se laisser sombrer dans la sidération. C'est en tenant toujours sa narration à hauteur d'homme qu'il prend de la hauteur pour raconter l'indiscible. Pas d'explications, encore moins de justifications, seulement ce piège qui s'est refermé sur lui : impossible de "quitter la guerre" car en sortant de la caserne, "les regards que je croisais me retenaient de le faire. Il n'y avait pas de place pour moi, ici. J'étais un condamné parce que mon impuissance était manifeste". Dans l'abondance de livres qui sortent sur la guerre d'Algérie, depuis que la parole enfouie vient péniblement au jour, souvent après des vies gravement faussées, déviées dans leur trajectoire, Un long chemin se distingue aussi bien du témoignage brut que du récit historique. Car c'est en effet les mots du poète qui sont ici à l'uvre et qui creusent dans l'effondrement pour libérer la source.
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François Perche a une tendresse pour les métiers qui relient les gens. On pourrait presque dire une nostalgie car jamais ces métiers n'ont été autant menacés qu'aujourd'hui alors même qu'on nous rebat les oreilles avec le "lien social" et que nos politiques s'occupent à leur façon du service public. C'est un univers presque disparu que François Perche décrit dans ce livret carré spiralé et imprimé sur beau papier, un monde dans lequel il existait encore des candidats au sacerdoce du courrier et des facteurs prêts à tout pour rester facteurs, même à passer leur certificat d'études primaires à quarante-huit ans, comme Deltreuilh, celui qui vient le courrier à la main. Des silhouettes comme la sienne ont arpenté quartiers et villages jusqu'au début des années soixante-dix lorsque partirent à la retraite ou au cimetière les derniers Deltreuilh et autres Dodou. Dodou, autre facteur chargé de deux sacs, l'un en cuir pour le courrier, l'autre en toile pour ramasser de la bonne herbe pour ses lapins. Des facteurs avec leurs spécialités, leurs tics de langage, leurs signes particuliers, la mémoire des familles en regorgent et ils refont une petite tournée au dessert, au moment des souvenirs d'un temps qui n'est même pas encore l'ancien temps. Émotion, affection, drôlerie et déférence pour celui qui vient le courrier à la main, ainsi s'anime la dégaine du facteur dans cet hommage tout vibrant du beau style dépouillé de François Perche. Mais cela n'a rien d'étonnant car pour un écrivain, le passage du facteur, c'est quelque chose ! "Un monde sans facteurs ? ça fait peur, tout à coup." D'autant qu'aujourd'hui, ils ne sont pas les seuls à être sérieusement menacés. |
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DE FRANCOIS PERCHE |
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"Dans le cadre de Potlatch (action de mixité culturelle), j'écoute et je recueille des témoignages de personnes issues de l'immigration, afin que par le récit de leurs expériences, et de leur cultures, chacun prenne conscience de l'existence de "l'autre", et ne le considère plus comme quelqu'un "d'étranger". C'est une chance offerte, cette diversité culturelle, pouvant devenir une véritable source de richesses si elle est partagée entre tous."
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