Cet ouvrage a été couronné par le Prix Entrée des Artistes le 4 mai 2001

Jean Vigna

Transhumances

 

56 p, 10,52 euros (69 FF)  

Orage-Lagune-Express

Littérature

 

Présentation

par Bernard Deson

Bulletin de commande

 

 

 

 

 

Préface de Bernard Deson

 

On ne peut pas faire attention à tout, mais pour bien vivre, pour ne pas se prendre dans tous les lacets qu'on nous tend, il faut savoir choisir le tout petit nombre de choses auxquelles il faut faire attention. Pourquoi songeai-je à Jean Vigna en lisant ces lignes du Journal de Guerre de Raymond Dumail ? Peut-être parce qu'avant d'être voyant le poète doit accepter d'être aveugle et, en cela, l'auteur de Transhumances a appris à choisir ses ignorances.

Nous savons tous ce que c'est que le temps et l'espace, et la liberté, et même l'éternel. Nous le savons très bien tant que nous n'y pensons pas. Il en est de même de la poésie que nous reconnaissons sans hésiter - tant que nous la regardons de biais - lorsque nous la croisons au hasard d'un livre. Aujourd'hui, je tiens dans le creux de la main Transhumances de jean Vigna et j'ai la certitude qu'il s'agit bien d'un acte authentique rédigé entre deux songes alors que le poète retient prisonnier les mots de passe des ténèbres.

De fait, Jean Vigna a enfilé la blouse d'un peintre et ces petits tableaux coloriés ont été exécutés avec une naïveté très savante. Transhumances se réfère avant tout au rythme permanent de l'univers. Ah ! Les beaux jours dans ce pays de landes et de troupeaux où les bergers attendent l'angélus tandis que le vent tourmenté de musiques, étale et déchire la chemise du ciel !

Chaque texte reste enclos dans les limites des pacages de la mémoire. Jean Vigna révèle le monde, il le délivre en le précipitant tel quel dans ses poèmes, retrouvant à la fin le secret véritable de l'existence ; il parle simplement des choses de la vie, de l'eau, du feu qui meurt ou d'un agneau perdu. Nous découvrons une terre peuplée d'êtres dont le profond sens du tragique provient d'un besoin irrésistible de se défendre contre l'angoisse de vivre : Le parquet craque dans la chambre. Est-ce toi, revenue, ou le témoin discret des incantations passées ?

A travers les paysages de l'enfance et ceux de l'âge mûr, à travers les rites comme à travers les multiples artifices de la vie humaine, Jean Vigna arpente son temps perdu : Dans le grenier, près d'une lucarne entrouverte frissonne la lyre d'une toile d'araignée. [ . .] Seul, le bourreau connaît le piège. Ainsi, soixante ans après, le jeune homme passionné de théâtre qu'il fut n'a rien oublié de son apprentissage de la pantomime chez Marcel Marceau (1) , et sous les feux pâles de la rampe, était-ce lui ou son fantôme ? Un peu comme si la poésie permettait de singer la lumière qui éclaire le passé sans néanmoins lui redonner l'éclat du plein soleil.

Jean Vigna est né à Reims en 1923 et son enfance se jouera sur fond de résurrection, celle d'une ville martyre et de sa cathédrale sévèrement bombardées pendant la Première Guerre mondiale : Neiges d'antan sur le balcon / Et dentelles de nos grand-mères / Pour les morts de la grande guerre / C'était tous lesjours la moisson. (2)

A l'approche de la fin du voyage, le sage range les images de sa vie dans des albums. Transhumances doit se feuilleter avec l'âme en bandoulière et les cinq sens aux aguets.

 

1 : Aiguillages suivi de Paris-Mémoire, collection Les Chemins de Traverse, 2000
2 : Figure de Proue, Librairie-Galerie Racine, 2000