JEAN-LOUIS JACQUIER-ROUX
Photo : J-L. Jacquier-Roux sur les terres mêmes de l'écrivain Beppe Fenoglio, dans ces Langhe magnifiques qu'il a tant arpentées. Derrière lui, Santo Stefano Belbo (où est né Pavese).Devant lui, invisible, la mythique Mango, haut lieu de la résistance fenoglienne

Poète et nouvelliste, co-fondateur avec Ménaché et Christian Biancardini du groupe Impulsions qu'anime Claude Vercey, il a publié une douzaine de recueils et d'ouvrages et collaboré à de nombreuses revues de littérature et de poésie. Il publie aussi LA LETTRE DE SORTIE DE SECOURS N°6 (hiver 99), N°7,(automne 2000), N°8.

une feuille périodique d'information littéraire ponctuée de coups de coeur et de coups de gueule !

 

Jean-Louis Jacquier-Roux est né à Bourgoin en 1947. Successivement professeur de Lettres, journaliste et bibliothécaire, il vit actuellement à Mâcon (71).

Citons, parmi ses dernières publications, Effigies (Le Pré de l'Age éditeur), Les Indiens (nouvelles, éditions La Bartavelle), Versace/Eisenstein, éditions Paroles d'Aube et, en préparation avec Ménaché, une anthologie, La cuisine des poètes, à paraître. Deux nouvelles extraites du recueil Les Indiens ont en outre été publiées dans la Nouvelle Revue Française.

Identité-racines

Entretien entre JL Jacquier-Roux et M Delorme

Les proches

(nouvelle)

En hommage à Zlatko Dizdarecic

Les petites Italies portatives de JL Jacquier-Roux par C. Cottet-Emard
L'Ombrie

(poème)

Bibliographie

(extraits)

La lettre de Sortie de Secours n°6 (été 1999), n°7 (automne 2000), n°8(février-mars 2001)
 

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Identité-racines

 

Entretien entre Jean-Louis Jacquier-Roux et Monique Delorme recueilli par Christian Cottet-Emard

 

-A propos de votre recueil de nouvelles, "Un Jardin à la française", Jean-Louis Roux, votre presque homonyme, a écrit que vous vous en preniez "aux blessures définitives de l'enfance". Sont-elles vraiment inguérissables ?

 

Oui. Toutes. La part de mon histoire liée à la dépendance parentale, l'histoire de mon enfance donc et, plus avant, celle de l'ascendance familiale, demeure enfouie, difficilement retrouvable et en tout cas intransmissible. Il y a en moi, non résolue, cette question de l'antécédence. On la retrouve, posée sur un ton plus calme, mais tout aussi ferme, dans mon second recueil de nouvelles intitulé "Les Indiens". Qui sont mes morts ? Que substituer à l'impossible témoignage de quelques-uns qui m'auraient vu vivre durant cette période, quels repères fixer dans les décombres d'une géographie aujourd'hui bouleversée ? Ce sont, bien sûr, ces silences, ce vide, ces moments non révélés qui sont la cause de la blessure profonde. C'est cette coupure qui me délie à jamais de toute fidélité amoureuse aux personnes et aux lieux. Je n'ai de plus aucun héritage à assumer ni à transmettre puisque je ne possède rien.

 

-Justement: posséder, hériter, n'est-ce pas se replier, exclure, s'exclure ? 'En somme, revendiquer des racines, cela ne revient-il pas à travailler, comme l'a noté Emmanuel Mounier, "à perpétuellement nier et appauvrir l'humanité autour de nous" ?

 

N'allons pas si vite ! J'aimerais bien retrouver mes racines. Je les devine, je les sens méditerranéennes, belles puissamment ramifiées et entremêlées. Pour passer de la métaphore au réel, je dirais que l'olivier est mon arbre, je voudrais simplement en savoir plus sur ses vraies vertus nourricières. Le reste, c'est-à-dire les avatars discrets du legs, tout ce qui structure "un ordre fondé sur le contrat" (Mario Lavagetto), représente à mes yeux un danger mortel par contamination. Réduire sa singularité aux accidents du pré carré ou aux leçons du clan, c'est l'étouffer. Claude Lévi-Strauss a bien vu ce risque présent dans toutes les formes de l'ethnocentrisme lorsqu'il écrit par exemple que l'unique tare qui puisse affliger un groupe humain et l'empêcher de réaliser pleinement sa nature, c'est d'être seul". La notion de racines est malheureusement trop souvent inséparable du désir d'appropriation d'un espace et d'appartenance à une communauté fermée et uniforme. Par glissements progressifs, parfois à leur insu, des individus dérivent de ce qui les distingue vers ce qui les conforme et les isole. Ils opèrent alors un double mouvement de repli sur eux et sur des positions "idéologiques" où la tradition religieuse notamment constitue le seul ferrnent d'une identité qui se confond avec l'aspiration nationaliste la plus dure. Ce n'est évidemment pas ce que je recherche. De nombreux événements récents, plus complexes qu'il n'y paraît,me font redouter d'ailleurs un prochain et nouveau recloisonnement des sociétés et des cultures.

 

-Vous m'avez dit, tout à l'heure "grâce à la blessure en moi qui ne se referme pas, je suis libre de trouver qui je suis ailleurs, jusqu'au point de la plus extrême dilution de moi-même". Où situez-vous cet ailleurs ?

 

J'ai envie de vous répondre en citant le titre d'un magnifique livre de Frédéric-Yves Jeannet : "Si loin de nulle part". Ce n'est pas une pirouette. L état de déshérence qui est le mien me permet d'associer librement dans l'écriture, donc dans ma vie, les problèmes liés à l'angoisse de l'individu aux préoccupations plus "généreuses" de l'être social. J'essaye de rester attentif et ouvert aux autres ; j'aime découvrir les pays, les parcourir, rencontrer leurs habitants. Mon identité se fonde autant sur la similitude que je parviens à déceler chez l'autre perçu "avant tout comme entité individualisée" (Ridah Ferjani) que sur la permanence de ma propre nature. Dans une déclaration qui pourrait être le chapitre liminaire d'une morale de l'amenuisement, Sartre s'affirmait comme "un homme fait de tous les hommes et qui les vaut tous et que vaut n'importe qui". Il se plaçait ainsi délibérément à égale distance des partisans du concept universaliste et de ceux du concept culturaliste. J'aimerais, moi aussi, me tenir à cet endroit (cet ailleurs), à cette croisée où s'expriment et se confrontent les différences et les ressemblances entre les êtres et les cultures, où chacun côtoie l'autre, le dissemblable, l'absent, celui qu'il imagine, celui qui aide à vivre. Là serait le lieu de ma possible reconnaissance. Pour l'explorer puis le rendre habitable, il y a, bien sûr, l'écriture. Écrire m'ouvre (me creuse, me dépouille), ...

 

-... et vous délivre peut-être, aussi ?

 

Sans doute, mais il y a un prix à payer tout de même, "Écrire, s'exclure" , disait Char qui voyait dans la haute solitude du poète l'acte de dévouement fraternel le plus accompli et le plus désintéressé. Cette profonde et terrible amertume, la liberté du « nulle part» l'a installé en moi. Oui, il me faut vivre dans ce vacillement, dans cette démesure angoissante, ce vide, ce manque que l'écriture révèle, accentue et transforme éventuellement en espoir. Ça commence et ça s'arrête là, sur le désir éperdu du comblement. Il n'y a pas de lieu. Je ne suis pas un lien entre.

Le reste c'est simplement la reproductible banalité de l'être social et biologique, du citoyen, du travailleur, du fils (!), de l'époux, du père et à présent du grand-père. Chacun, au fond, est un petit peu tout cela, chacun se constitue aussi de fragments impersonnels et souvent s'en contente : pure civilité ! indissociable de la question du patrimoine, de la possession, de l'accumulation, de la transmission, de la ressemblance, la question des racines ne me concerne pas. Ouverte, fluide, aérienne, celle de l'identité doit m'aider à pouvoir dire un jour, en manière de révérence, égoïstement, ridiculement, paradoxalement, dans l'ombre immense de Beckett: "Voilà, il n'y a plus que moi ici !"

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Les proches

 

Jean-Louis Jacquier-Roux

En hommage à Zlatko Dizdarevic

 

Il se tient comme chaque soir à l'angle du pont. Depuis longtemps son regard ne s'attarde plus sur les arches fracassées ni sur les mouvements de l'eau qui descend au milieu d'une trouée d'ombres irisées par l'éclat des barrières. Il lui suffit de lever un peu la tête jusqu'à la frange agitée des platanes, de l'autre côté du quai. C'est là qu'il habite. Pour l'instant, sa maison est invisible. Il attend le moment propice auquel l'accorde de plus en plus rarement une bonne disposition de toute sa personne. Ce soir, cela peut aller. Pendant quelques minutes la ville s'octroie un armistice pesant, une multitude de bruits familiers parvient à couvrir l'autre rumeur, sèche et aléatoire. Les ponts coupés, les immeubles en ruine, les morts se figent alors dans un néant imaginaire, comme à la pointe d'un mauvais rêve. Cela dure peu. Au-

dessus des arbres, il y a les murs, les façades ou ce qu'il en reste. Il s'accoude, mains jointes, au parapet. L'air frais de mars tourbillonne dans son dos. "D'ici une semaine ou deux, songe-t-il, on n'aura plus à se chauffer".

Les unes après les autres, les lumières, en face, s'allument. On voit des lueurs trembler aux fenêtres, des silhouettes derrière les vitres. On devine tout un affairage impatient et, produits à l'infini au-delà de leur nécessité courante, les mille et un gestes de l'audace vigilante qui font ici battre le coeur et souvent pleurer. Il observe en frissonnant cette ligne de résistance anonyme, cette onde moirée de sémaphores déréglés, dans la mire des collines et la nuit qui tombe, de l'autre côté du fleuve. Il vient là jusqu'à l'angle du pont détruit, infranchissable. Il attend. Depuis qu'il est parti, voici deux ans, il lui semble qu'il n'a jamais failli à son rôle, qu'il a toujours été avec eux. S'il s'est réfugié sur cette rive, dans ce quartier, c'est pour mieux les protéger. En face, on serait venu le chercher, il y a longtemps qu'il serait mort. La peur le tenaille à tout instant et tandis qu'il parcourt des yeux le gris alignement des murs à l'affût du moindre signe, le spectacle flou de sa propre vie, là-bas au milieu des siens, ravive un peu sa force. Banalité d'un quotidien redoutable qui jette chaque soir ceux qu'il aime sous son regard comme sous une aile. Il les reconnaît parmi les ombres. Il est sûr que ce sont eux. A cette heure la table est mise. Une voix claire appelle les enfants. Il a fallu des trésors d'imagination pour préparer quelque chose de bon. Une main plus tard écarte les rideaux et trace vers cette souffrance qui s'apaise un petit signe béni.

Il baisse alors les yeux vers le remous du fleuve. Il voit le trou entre les arches que comble depuis peu une étroite passerelle. Quelquefois il songe au travail de l'architecture, à la pureté vivace des lignes détruites, au savoir faire des ouvriers, au pas des funambules. Des soldats réparent le pont avec des moyens de fortune. La guerre est finie. On va pouvoir de nouveau passer d'une rive à l'autre. Il sait pourtant qu'il n'osera pas. Avant de s'éloigner, il regarde la mince planche qui enjambe le vide. Des deux côtés du quai les arbres sont en fleurs. "C'est trop tôt", pense-t-il. En dessous, le fleuve charrie des forêts de bois mort.

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Les petites Italies portatives de

Jean-Louis Jacquier-Roux

 

 

Dans Rome, Pise, Florence, Assise, Livourne, on est toujours un peu tenté de prendre la pose poétique, de se faire le petit cinéma du pèlerin, de jouer les caméléons avec les pierres encore en place. Les péages d'autoroute, les caissiers avec leurs comic-books et leur soda, les postes à essence, la télé, le gas-oil, les freins, les , klaxons, la gomme des pneus, les glissières métalliques des voies rapides, l'index sur le déclic du déclencheur ne découragent en rien cette tentation de mimétisme avec un paysage mythique pourtant cerné de toutes parts par les rocades et les échangeurs.

Stendhal, lors de ses Promenades dans Rome, et Franz Liszt, au cours de ses Années du pèlerinage, ont failli se heurter à cet univers-là, inventé en moins d'un siècle au nez et à la barbe de l'éternité précaire des fresques, des Fra Angelico, des palais, des statues, des fontaines, des dieux et des saints. Un monde qui se dissout comme par enchantement dans le regard des touristes et de certains hommes de lettres qui sont obligés de lever les yeux aux ciel, bouches bées pour que les voitures et les panneaux de sens interdit n'affectent pas trop leurs photos-souvenirs ou leurs carnets de voyages littéraires.

Cependant, entre l'espace confiné du caissier au péage avec pourtant la mer qui remue dans son dos (tout ce large derrière lui) et la perspective en trompe-l'oeil d'un pal ais, où un jeune dieu solitaire fait jaillir de l'eau de sa main levée, s'écrivent, s'inscrivent les Italies de Jean-Louis Jacquier-Roux.

Et le poème dans tout cela ?

Il est partout où on ne l'espérait pas et nulle part où on l'attendait trop (au centre du décor séculaire). Le moment à poème se situe très exactement, très précisément Via Cherubini : un parfum de brioche comme un plaisir en plus juste avant les Fra Angelico du Musée Saint Marc.

Quelque part en ces Italies de sieste en Toscane, de marches dans Rome et Assise, de fatigue dans Alba, dans ces Italies où Rome, Pise, Florence donnent à l'auteur l'image exacte de ses lignes de fuite, il pousse dans la faille des mots et autour des pierres encore en place.

Dans la tentative de présenter un recueil, mieux vaut poser des questions qu'asséner des réponses appartenant au seul lecteur.

L'ombre de C. Pavese, derrière les draps qui claquent en haut des immeubles se dérobe-t-elle un instant aux détours de ces textes italiens ?

Envie et impossibilité d'écrire, travail, fatigue, urgence de dire et surtout ce haut des collines en ressuscitent certes les combinatoires. Mais comment me satisfaire d'un lot d'images trompeuses quand je sais la rigueur du poème ? nous rappelle l'auteur, dès les premiers textes. Rendons-nous donc à l'évidence de ce recueil : de l'univers des centaurelles et des lézards épanouis de décombres, c'est un poème rudéral.

 

Christian Cottet-Emard

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L'Ombrie

 

Autour des maisons en retrait

ou près des cours lumineuses

les chemins en nous se perdent.

Un cri sur nos traces

appel sommant la réponse du silence.

Dos tournés au mur

les rues soulèvent leurs arbres

leurs bancs et tous les angles

des trottoirs.

Nous ne sommes pas bien grands

blottis dans les talus

à deux pas des fenêtres jaunes des trains

visages défilant si familiers alors

si vagues

les poings cognant nos joues

comme la hache que le bois rebrousse.

 

A l'ombre de la meule

un chat

qui saurait le chemin

jusqu'à l'aiguille.

 

Chahut de nef

au gré du hasard

idée d'un dieu mal arrimé

en route

vers de plus vastes demeures.

 

L'ombre voile un désir

bien trop vague de contrition

ou d'absence.

 

Nous revenons à pas pressés

vers la maison fraîche et tranquille.

Nous n'appartenons à rien

Seule une petite vitrine

aux reflets irisés

nous a fait sourire

en chemin.

 

 

Ruines,

 

Portraits sous clef

besoin de dieu dans la trouée

le vain secours du buisson

consume les visages

les poitrines et les portes

Les voûtes nues de la maison

l'escalier en dévers

toute la rouille innocente

du labeur sans rien

en retour : on touche là

comme un désir de sagesse

et de prairies bruyantes.

 

Un visage en-deçà des rumeurs

remâche sa peine le sable..,

coule sous le front des fusillés

Ils seraient vivants et fiers

à l'abri s'offusquant des braises

et de la pluie

des moindres signes

des regards en coin et

du gros clou de charpentier

sur le mur de leur maison

Ils iraient par deux dans la nuit

sans repos de la carrière.

A scruter les collines ils mettraient

leur savoir

l'ardeur et le doute

jusqu'au bout.

 

 

Pour revenir à Missiano,

 

Arriver tôt. Ne rien déranger. Attendre que la colombe se remette à chanter. Ouvrir. Se faire à la fraîcheur cirée du bois, à des restes d'absence, aux signes qu'ont laissés nos devanciers. Deviner qui monte déjà, quel envoyé se penche dans la lueur renversée des vitres et vient aider au déploiement de la maison. S'asseoir près des fleurs, appliquer sa langue et tenir la clef un bon moment dans sa main.

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BIBLIOGRAPHIE (extraits) 

Recels, suivi de Laminoir des peines,éditions Quintefeuille (Paris), 1983

Eparses, Utovie, 1985

Lignes de fuite, La Bartavelle, 1989

Un jardin à la française, Atelier du Gué, 1989

Figuration, La Bartavelle, 1990

Effigies, Le Pré de l'Age, 1993

Les Indiens, La Bartavelle, 1994

Versace/eisenstein, éditions Paroles d'Aube, 1998

En Italie, éditions Orage-Lagune-Express, 2001

Zéro main, éditions pré # carré, 2001

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Les Indiens

(nouvelles)

par Jean-Louis Jacquier-Roux

110p,1994
éditions La Bartavelle

Composé de quinze nouvelles dont deux ont été publiées dans la Nouvelle Revue Française, ce recueil de Jean-Louis Jacquier Roux, présente et dénonce au fil de courts récits, sur un ton doux-amer, toute la cruauté du monde.

Les Indiens, ce sont les autres, les absents, ceux qu'on imagine, ceux qui sont différents, ceux qui, au bout du compte, nous aident à vivre.

 

Illustration de couverture : Christian Blancardini.

 

ISBN 2-87744-210-1

PVP : 85,00 FF

 

 

 

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Versace/Eisenstein

par Jean-Louis Jacquier-Roux

L'Adieu au siècle/ Editions Paroles d'Aube

22 p,1998, 25 FF

 

En coédition avec Grenoble Alpes Métropole

Ce texte a été interprété pour la première fois le 10 octobre 1998 dans le salon au Gypseries du Musée de Saint-Antoine-l'Abbaye, Isère, dans le cadre de l'Adieu au siècle.

 

L'adieu au siècle.

Car s'en allant, le siècle

ne fait pas table rase.

Il nous laisse les villes

à faire chanter,danser et vivre.

 

 

 

 

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LA LETTRE DE SORTIE

de Secours n°6

Hiver 1999  

"Rosso di sera, bel tempo si spera"

 

C'est Degoutte, je crois, qui m'a appris à contempler les couchers de soleil sur l'Obiou. C'est Jose Perez -dont la fille publie ici son premier poème qui m'a offert ce proverbe sur ma terrasse un soir rose d'été. A l'Obiou, Giono qui a vécu près de chez moi, préférait le Grand Ferrand, théâtre majestueux d'un roman un peu grandiloquent, "Batailles dans la montagne". J'en ai dit deux mots dans une précédente lettre. J'ai donc en face de moi ces deux baromètres au vernis souvent purpurin. Ils annoncent en permanence des promesses d'aubes radieuses. Et d'enfermement. Le cycle des journées est lancinant ; mon pays est comme le cratère d'un volcan.

Je vous écris alors qu'il neige. Ce soir, entre deux trouées de nuages, la roche sera rouge, comme d'habitude. Demain : beau temps sur ma tristesse, tempête sur le reste du monde.

J'accorde donc mes lectures à cette météo en trompe I'oeil.

 

Deux belles découvertes d'abord dues à une toute jeune maison d'édition, "La Chambre d'échos" (23, Impasse Mousset - 75012 Paris) :

"Ils font tomber les arbres du mauvais côté", un recueil de nouvelles de Jean-Louis Ughetto dont j'aime l'écriture serrée, nerveuse. Il pratique ici avec une verve étourdissante, l'ironie du désenchantement. C'est un masque, bien sûr, ou plutôt une espèce de stimulant dont l'exotisme et la sexualité sont les ingrédients essentiels. J'y ajouterais le sel, celui qu'on verse étourdiment sur l'oeuf dur, accoudé au comptoir, et tout occupé à parler de Dieu et du destin avec son voisin de libations. Amertume, solitude, charroi quotidien... "La grande Pâque" de Jacques Besse : étonnant récit d'une dérive urbaine, parisienne. Quelques jours en avril 1960, le ventre et le coeur vides, Besse déambule frustré d'amour et de fraternité. Il marche, cassé, il marche en dormant, le corps martelé par l'écriture, harpie magnifique. Il avance, halluciné presque. Il trimbale ses mots de pierre et de fonte que la grâce soudaine d'un répit allège. Il repart. Vers où ? Texte prodigieux de force et de vérité. Besse est mort l'été dernier à la clinique de la Borde. Il était l'auteur de plusieurs musiques de films (Dédé d'Anvers d'Yves Allégret, Van Gogh d'Alain- Resnais). Ce livre est un cadeau à sa mémoire.

A signaler, toujours à "La Chambre d'échos ", la parution prochaine d'un Gandebeuf de derrière les fagots. Ca s'appellera : "Les rêves de bleu doivent être rangés dans un classeur à part ".

"Une rivière verte et silencieuse" d'Hubert Mingarelli (Editions du Seuil).

Quel beau livre ! Pour l'apprécier, peut-être faut-il avoir vécu fragile, exposé, éperdu. Une totale porosité de l'être permet à Mingarelli d'écrire à la fois dans la transparence et dans la réalité la plus rude. J'aime les gens comme lui. Dans le livre, un enfant, son père. Entre eux, immensité d'un amour infini, épuisant, le compte à rebours du destin. L'adulte bricole, croit encore un peu à la vie. Le gosse marche dans un tunnel d'herbes hautes, vers sa rivière merveilleuse. Rien ne s'écroulera vraiment Mais bon, la lézarde creusera tout de même sa petite faille, le rêve se rétrécira, beaucoup plus que l'immense espace de l'amour. Mingarelli l'arpenteur nous laisse à nos mesures, à nos écarts, à nos trébuchements qui sont chez lui légèrement, quelques unes des figures de l'espoir.

Depuis son plateau Matheysin, quelle face de l'Obiou Hubert observe-t-il ?...

 

SIGNES : Noël Arnaud et sa "Dragée haute" : truculente nuit de noces, entre autres, avec des collages de Gilles Brenta ;

"Libelle" , mensuel de poésie (7, Rue Poincaré - 75020 Paris) avec un beau poème de Dominique Carraud.

"La Trace Poïen" (21, Montée de l'observance - 69009 Lyon), association dont l'un des objectifs consiste à "soutenir I'action des écrivains et des photographes en participant à la diffusion de leurs oeuvres".

"Belvédère" dont l'ami Genovese nous dit qu'il livre, avec ce n°50, les derniers mots d'une publication qui avait de l'allure.

Les 3 poèmes publiés dans ce numéro m'arrivent de Rome et de San Francisco.

Bouteilles à la mer qui me font plaisir.

 

 Jean-Louis Jacquier-Roux

L'orange tombe

Bénédicte PEREZ

Des oeufs pour mon anniversaire

Yanming Zhang

Compte à rebours

Erich von Neff

Un quatrième poème :

Jean-Louis Jacquier-Roux

 

 

 

 

 

 

L'orange tombe

L'orange tombe

Bruit sourd propagé à l'infini

L'orange tombe

Cachés dans l'ombre et enfermés dans la nuit

Un peu de brouillard, un léger frisson

Toucher le ciel en un petit intervalle

S'écraser par terre,

Pendant que l'orange tombe.

On frappe à la porte

J'ai essayé d'expliquer

Mais on frappe à la porte

Douce persécution, sans angoisse ni souci

Je plonge, je m'efface et j'y suis

Ici

Loin de là

Ici

Entre les barreaux de mon je

L'être n'y est plus

effacé et réapparu

Bruit sourd propagé dans l'infini

C'est mon esprit qui tombe

Je m'écrase et je suis

Bénédicte PEREZ
 

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Des oeufs pour mon anniversaire

 

Le jour de mon anniversaire je mangeais des oeufs rouges

En Chine

Pour me porter chance

Oui, de la même couleur qu'une blessure sous mon aisselle

Ou mes menstruations

Pour me porter chance

Je mangeais des oeufs rouges

Le jour de mon anniversaire

Oui, de la même couleur qu'une blessure sous mon aisselle

Ou mes menstruations

Hier

Hier

J'ai mangé des oeufs rouges

Pour me porter chance

Oui, de la même couleur qu'une blessure sous mon aisselle

Ou mes menstruations.

 

Yanming Zhang

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Compte à rebours

Rose

Rose, rose

Rose, rose, rose

 

Emprunte la diagonale

 

De ces roses pépites de chewing gum

Mastiquées

Par de merveilleuses molaires

 

Puis soufflées en bulles d'entre des lèvres

charnues

Rose, rose, rose

Alors que l'air s'engouffre

Dans la sphère

 

Apprêtez-vous à l'explosion

Apprêtez-vous à l'explosion.

 

Erich von Neff

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LA LETTRE DE SORTIE

de Secours n°7

Automne 2000

 

Sur le champ

Un mot de Jean-Pierre Chambon accompagné du poème que vous lirez ci-dessous me fournit idéalement le titre de cette "lettre". Il y a, en face de chez moi, un vaste pré dont les formes, les lignes, la lumière changent au gré des jours et des saisons. Rien de plus normal, de plus banal, mais je projetais d'écrire une sorte de bref journal quotidien lié à ce bout de terre isolé qui éveillait en moi des sentiments et des pensées contrastés. J'ai renoncé. Le champ est désormais hors champ. Le poème se tient rarement à distance (j'en dis deux mots plus loin).

Le 20 octobre 1841, dans une lettre adressée à Adolphe Autard de Bragard, Charles Baudelaire, qui séjourne à l'lle Bourbon, glisse le fameux sonnet intitulé "A une dame créole". Rappelez-vous les premiers vers :

 

"Au pays parfumé que le soleil caresse

J'ai vu dans un retrait de tamarins ambrés

Et de palmiers d'où pleut sur les yeux la paresse

Une dame créole aux charmes ignorés."

 

J'ai fait, cette année, un bref séjour sur l'lle de la Réunion (autrefois Ile Bourbon) à la recherche de Baudelaire, de Leconte de Lisle, de Boris Gamaleya, de Daniel Vaxelaire ou encore d'Axel Gauvin. Cette terre de poètes ne m'a pas parlé de poésie. Je veux dire qu'à aucun moment la poésie ne s'est interposée entre tout ce qui constitue le matériau vivant de l'île et mon propre corps comme elle le fait, par exemple, dans le poème un peu trop exotique de Baudelaire. Non, la poésie était "sur le champ", disponible et profuse comme un pique-nique dominical au bord de l'océan. En arrière-plan, la nature préservée, la rumeur des villes, les mirages et les abus de la modernité ne m'ont causé aucun émoi particulier. La langue en revanche qui illumine et ensonore tout cet univers m'a submergé. Tout vient de la langue, tout y retourne avec une grace suggestive étonnante. Et moi qui n'étais que de passage j'aurais aimé me mêler physiquement à cette kermesse poétique assemblée sous les filaos de Saint Gilles, un beau dimanche du mois de mars, alors que la queue du dernier cyclone de la saison s'attardait à l'horizon et qu'une main anonyme venait de déposer, dans la fraîcheur du matin, quelques fleurs au pied de l'oratoire de Saint Expédit, le long de la nationale n°l.

 

Déambulant en compagnie

de William Cliff

 

Trois hérons traversent le ciel de Nantes

un après-midi de mil neuf cent nonante

neuf : je note au vol ce bref hiéroglyphe

déambulant en compagnie de William Cliff

 

par de larges rues courbes où affleurent

un flot d'effluves portuaires et le leurre

de bras d'eau étirant vers l'océan

une escadre mélancolique, mais céans

 

la ville est vouée au tramway, ver blanc

trouant l'espace du grignotement tremblant

de son frêle grelot épileptique.

William composera sur cette thématique

 

une suite d'alexandrins mêlant

ironie et compassion dans le même élan,

qu'il me récitera le lendemain

de sa voix creusée par la fumée et sa main

 

soulignera le retour de la rime,

afin que le rytme ainsi scandé mieux arrime

le chant à la vision - mais ce dernier

terme est quelque peu excessif car sans dénier

 

à la lueur ambiguë du poème

le don d'éclairer la nuit du langage, on aime

avant tout s'en tenir à ce qu'on voit

lui les beaux wagons blancs glissant le long des voies,

 

injectant au grand corps de la cité

sa surdose quotidienne d'humanité,

et moi l'ondulant triangle isocèle

d'oiseaux déjà gommé de la page du ciel.

 

Jean-Pierre Chambon

 

 

Lectures

L'ignorance de la langue chinoise et la traduction bien trop académique et vieillotte de l'équipe rassemblée jadis par Paul Demiéville ont quelque peu contrarié mon plaisir à la lecture de cette "Anthologie de la Poésie chinoise classique"(Gallimard/poésie). Permanence écrasante du paysage qui met souvent le poète dans un état dolent, comparable à celui de Pétrarque au sommet du Mont Ventoux. Bizarre association, mais bon...

 

La biographie raisonnée que Franco Vaccaneo consacre à l'écrivain piémontais Beppe Fenoglio est superbe. Fenoglio, dont la majeure partie de l'oeuvre est traduite en français, est l'auteur d'un livre magistral sur la condition humaine, "La Guerre sur les collines". C'est pour moi un livre de chevet, un livre d'aide. Le travail de Vaccaneo, bourré de documents -notamment iconographiques- est publié (en italien) aux éditions Guibaudo.

 

"L'Etoile du livre", tel est le titre du recueil de textes et poèmes publié cette année par l'atelier d'écriture de Ménaché. Travail exigeant où la rigueur de l'écriture s'allie à la sincérité, à la force d'inspiration des auteurs. "[Je] dit-elle" de Blandine Lagrut est une incandescente comète qui, sur son passage, brûle tout, jusqu'à la langue. (Editions Comp'act)

 

Reçu avec plaisir :

Verso, Libelle, Dragée haute, Poésie Terrestre, les Cahiers de la compagnie de Trévoux (animés par l'ami Joseph Beaude) et la circulaire polémique de L'Anselme sur les anthologies : en être, ne pas en être? De quoi nous dissuader définitivement, Ménaché et moi, de mener à bien, un jour, notre "Cuisine des Poètes".

 

Jean-Louis Jacquier-Roux

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LA LETTRE DE SORTIE

de Secours n°8

 

La Barrière

*

Poser un visage

sur un visage

n'est rien

 

le miroir se sent mal

à force de dupliquer

 

Jean-Pierre Gandebeuf

*

Eugénie.

Eugénie dans l'auto.

Sous les plis de sa robe on devinait une série de formes oblongues que le moindre mouvement de son corps fuselait. Elle cachait là, pour passer la frontière, toute une portée de bouteilles dont les ventres de paille irritaient sa peau. Le douanier poussait un peu la tête par la vitre pour la persuader de descendre. Elle refusait. Il insistait. Elle finissait par avoir le dernier mot.

J'étais trop petit pour mêler de ces affaires. Monsieur Rignon, le conducteur, abandonnait sa voiture. Il m'accompagnait quelques pas sur la route, vers les premières maisons de Clavières. On entendait derrière nous, un bruit de dispute puis la barrière s'ouvrait.

Il y eut une fois pourtant où l'entreprise faillit mal tourner. Je m'étais éloigné avec Monsieur Rignon, comme d'habitude. En face de nous, une petite auto, capot dressé, semblait en panne. Un homme de haute taille s'affairait au-dessus du moteur. Sur le siège arrière, deux femmes attendaient, l'air inquiet, visage contre visage. Déjà les cris d'Eugénie provoquaient un début d'attroupement. Je redoutais le pire et m'accrochais au bras de mon chauffeur. Arrivé à la hauteur de la petite auto, j'aperçus dans l'ombre de celui qui tentait de la réparer la frêle silhouette d'un homme. Ses cheveux d'un blond décoloré retinrent un instant la lumière quand il tendit le front vers l'endroit d'où venaient les cris. Il traversa la route vivement cependant que Monsieur Rignon s'offrait à le remplacer auprès de son compagnon tout barbouillé de graisse. On me laissait seul une nouvelle fois. Les deux femmes à présent me regardaient et leur peur, lentement, entrait en moi. Me retournant enfin, je vis l'homme frêle parlementer avec les douaniers puis adresser un léger signe à Eugénie arc-boutée sur ses flacons. Au bout d'un moment la barrière se leva et le moteur fut réparé.

Quand nous nous croisâmes à bord de nos deux voitures, le visage radieux aux cheveux blonds illumina d'un plaisant bonheur le chemin qui restait.

(Dans son "Voyage en Italie", Jean Giono n'a pas pris la peine de relater cet épisode, mais le souvenir d'Eugénie ne l'a jamais quitté.)

Je devais "rencontrer" Giono une seconde fois à Briançon (tout près de Clavières, donc),dans la Grande Gargouille, sur le seuil du magasin d'antiquités où il venait d'acheter l'épée d'Angelo. Je convoitais depuis des semaines cette arme magnifique. Eugénie me laissait espérer qu'elle me l'offrirait. Giono fut plus prompt. Il sortait du magasin avec son trophée au moment où nous y entrions pour en négocier le prix. Il eut un mouvement de surprise et nous salua en homme bien élevé. Qui sait ce qu'il emportait de nous ?

Le dépit d'Eugénie fut plus grand que le mien : elle tomba dans les bras de Blondin qui venait de publier "L'humeur vagabonde". Elle mourut un an plus tard, le jour de Noël 1956.

*

On devrait s'abonner à la mémoire et de temps en temps tirer un paragraphe au hasard pour le simple bonheur de voir qu'on n'a pas la berlue.

 

Jean-Pierre Gandebeuf.

 

*

Assis au milieu des bourrasques

avec les vieilles questions,

dans le temps usé du parc

à l'heure des pipistrelles et des réverbères,

je suis la barque qui s'attarde au bord des nuits

et qui s'aligne dans le noir

à la petite lampe naufrageuse de la cigarette.


Le vent qui chevauche la saison,

je dois apprendre la joie de ce qu'il apporte,

me nourrir de ses belles images animées,

rythmer sa musique dans les arbres

où, dans sa multitude chaque feuille

n'est qu'une et nulle autre.

Être cette feuille qui accueille le vent

et se contente de ce qu'il ramène,

comme d'un visiteur qu'on n'attend plus

parce qu'il revient toujours à l'improviste,

étranger à lui-même et à l'histoire,

comme d'un oiseleur nomade

riche de ses oiseaux sans cages.

 

Christian Cottet-Emard

 

*

 

Il faudrait de la légèreté

 

Parce que ça pèse

A la longue

 

Ce qu'on vit

Quand on vit

 

"au jour le jour"

 

une légèreté

qui laverait

 

parce que les fatigues

empoissent

et salissent

quelque chose de blanc

en nous

 

pas de pur

 

de blanc

 

comme une page

 

Il faudrait de la légèreté

pour écrire

sur cette page

 

pour écrire

la fatigue

par exemple

 

ou la saleté des jours

 

(écrit en pensant à la légèreté heureuse d'Angelo)

 

Roger Lahu

FAITES CIRCULER :

 

Orage-Lagune-Express : Christian Cottet-Emard anime avec une belle ferveur cette micro-maison d'édition. Procurez-vous "La Gare" de Jean-Jacques Nuel. Écriture vive et précise, désolée. Un texte magnifique.

Parutions imminentes : "La jeune fille" : poème bilingue (français-portugais) de Christian Cottet-Emard et ... "En Italie", par l'auteur de ces lignes. Orage-Lagune-Express, 30, rue Pierre Dupont 01100 Oyonnax.

 

Noniouze : Roger Lahu, l'animateur de cette revue, mâconnais "exilé" sur les coteaux du Layon, m'écrit, à propos de ma chronique intitulée "Sur le champ" (Lettre de S. De S. n°7) : "Écrire un poème crée irrémédiablement une "distance", le poème ne peut être qu'à distance (fut-elle minime) de ce qui est vu, perçu, vécu... Toujours un temps de retard ! Et toujours cette évidente opacité du langage que crée comme une sorte de "taie" sur l'œil. D'où, de mon point de vue, la nécessité pour atténuer tant soit peu cette "distance" du poème, d'écrire vite "sur le champ" et dans un langage le plus débarrassé possible d'un quelconque poéticité surajoutée."

Dans sa revue capharnaüm à la Lavaur, de bien beaux poèmes illustrent sa (mini) thèse : Bruno Berchoud, Jean-Claude Belleveaux, Slaheddine Haddad et trois petits joyaux gitans.

Noniouze : 7, Grande rue 49750 Rablay sur Layon.

 

Impulsions : Claude Vercey, que j'ai retrouvé avec plaisir, ce jeudi 8 février, en compagnie de Colette Andriot, propose, entre autres spectacles, des "proférations poétiques" sur le thème de la liberté, dans le cadre des manifestations liées au centenaire de la loi du 1er juillet 1901. Ça se passe à deux pas de chez moi. Dis, Claude, faudrait peut-être penser à fêter les 25 ans d'Impulsions !

Impulsions : 25 bis rue du Mal. de Latre de Tassigny 71100 Chalon sur Saône.

 

L'impertinente : des petits ensembles (poèmes et dessins) soignés. Dans ce que j'ai lu, Marcel Migozzi est au-dessus du lot : une sacrée force !

L'impertinente : 19, rue des Jardins 58160 Imphy

 

P.S. : Qui peut me donner l'adresse de PKD ? J'aimerais bien qu'il m'envoie un petit en-cas poétique pour la prochaine lettre ?

 

Jean-Louis Jacquier-Roux.

(février-mars 2001)

 

P.S2 :

Fissures du ciel

Sous la treille ajourée

Dentelle qui brouille

Le regard

Petits morceaux de vie

Par terre

Goutte d'eau tombant

A pic

 

J._L.J._R

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