Anne-Lise BLANCHARD

 

Le bleu violent

de la vie

 

 

 

 

Anne-Lise Blanchard

Le bleu violent

de la vie

Poème

 

décembre 2004

Avec un avant-propos de

Jean-Claude Xuereb  

 

 

prix du livre : 5 euros

 

frais de port compris

 

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dépôt légal : décembre 2004

10 x 19/ 32pages

Tiré sur vergé blanc 100 gr

Couverture en typographie par Imprimerie d'Art à Oyonnax (01) sur Centaure ivoire 250 gr

Relié par une couture en fil de lin blanc

ISBN 2-913901-10-7

 

A lire ----- Bibliographie

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Anne-Lise Blanchard

vit à Lyon. Venue du spectacle vivant, elle met en scène et en voix ses premiers textes écrits pour la petite enfance. Publiée dans diverses revues littéraires depuis 1999.

 

Collabore aux revues Verso, Lieux d'Etre, I.H.V.

 

Recueils

Croisés du silence, Encres Vives, 2000

Aux confins du vent, Clapàs, 2000

La Fluidité du héron, Clapàs, 2001

Le Cru et le frêle, Encres Vives, 2001

Chemins d'eau et entrelacs, Librairie-Galerie Racine, 2002

Ce chant étroit, Interventions à Haute Voix, 2003

Traverser le jour blanc, Sac à mots, 2004

La beauté qui nous est donnée, Eclats d'encre, 2004

Sel, poème avec une gravure de Bernadette Planchenault, Empreintes, 2004

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Avant-propos

 

Nés au début du XXème siècle, ils appartiennent à une génération sacrifiée. En 1962, ils ont dû, dans le fracas des rafales et des explosions, quitter brutalement leur terre natale et prendre le chemin de l'exil, en quête d'un problématique "point de chute" vers une métropole que beaucoup ne connaissaient pas. Leurs parents étaient aussi nés en Algérie au siècle précédent et ils y avaient fini leurs jours sans avoir rien transmis de la mémoire ancestrale des aventuriers de la faim, venus de Provence, d'Espagne, d'Italie, de Malte...

Petits commerçants, artisans, modestes employés ou fonctionnaires, il leur faut perdre l'illusion longtemps entretenue d'un statut protecteur de citoyens enracinés dans des départements à jamais français, statut légitimé par le sang versé, guerre après guerre, sur les champs de bataille d'Europe et d'Orient. Ils entassent à la hâte vêtements, souvenirs et objets fétiches dans quelques valises, puis s'en vont grossir une foule hagarde, encombrée de ballots hétéroclites sur les quais ou dans les aéroports.

Jusqu'à leurs derniers instants, ils garderont au fond des yeux l'inguérissable blessure de cet arrachement. Ils se sont éteints ou finissent lentement de s'éteindre, murés dans leur silence, leur souffrance et leur dignité.

Sans le moins du monde porter atteinte à la pudeur qui leur est due, Anne-Lise Blanchard leur rend, par les hauteurs d'un langage poétique vibrant et fruité, un hommage discret et bouleversant. Elle est de ceux qui, enfants ou adolescents, ont accompagné, dans leur incompréhensible exil ces êtres brisés par l'inimaginable rupture survenue au crépuscule de leur existence. Merci de tout coeur à Anne-Lise d'avoir su, avec cette force et cette sobriété, leur rendre justice à travers les souvenirs d'une petite fille qui clame silencieusement son amour pour une ombre vêtue de noir et entrouvre pour nous, dans une mémoire embaumée des parfums d'antan, la porte de la chambre interdite des parents.

 
Jean-Claude Xuereb

 

 

 

 

 

 

 

 

Dans la chambre des parents, on entre malgré soi sur la pointe des pieds. Appui trop léger pour résister à ce retour, non pas en arrière mais au fond de soi. Un tourbillon vous emporte dans l'abîme.

 

C'est le sourire retrouvé des enfants tout-petits, une attitude oubliée. Ou encore une expression qui vous est familière et vous voilà bousculé dans votre propre enfance.

 

Vertige de se voir soi, de l'extérieur, en contemplant le visage de son enfant ou d'un aïeul.

 ***

Père, mère, vous êtes si jeunes encore, de cette jeunesse qu'on n'a pas entièrement vécue. Jamais ne vous ai entendu pleurer une jeunesse qui fut. Elle vous a été volée et vous taisez ce vol comme une honte.

 

Père, mère, je vous en supplie, parlez-moi de ce que vous aviez entrevu ensemble de votre avenir. Puisque je suis là, simplement là.

 ***

De loin en loin se dévoile l'ancienne blessure, tue sur cette terre nouvelle. Alors c'est comme si un suint affleurait sous des bandages bien serrés.

 

Cette chose, vous la taisiez pour l'effacer. Mais ce silence comme une tache vous accusait alors que vous étiez innocents.

***

 

Henri Heurtebise a donné vie une première fois à ce texte en le publiant dans la revue Multiples.

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