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Anne-Lise Blanchard
vit à Lyon. Venue du spectacle vivant,
elle met en scène et en voix ses premiers
textes écrits pour la petite enfance.
Publiée dans diverses revues
littéraires depuis 1999.
Collabore aux revues Verso, Lieux d'Etre,
I.H.V.
Recueils
Croisés du silence, Encres Vives,
2000
Aux confins du vent, Clapàs, 2000
La Fluidité du héron,
Clapàs, 2001
Le Cru et le frêle, Encres Vives, 2001
Chemins d'eau et entrelacs, Librairie-Galerie
Racine, 2002
Ce chant étroit, Interventions à
Haute Voix, 2003
Traverser le jour blanc, Sac à mots,
2004
La beauté qui nous est donnée,
Eclats d'encre, 2004
Sel, poème avec une gravure de Bernadette
Planchenault, Empreintes, 2004
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Avant-propos
Nés au début du XXème
siècle, ils appartiennent à une
génération sacrifiée. En 1962,
ils ont dû, dans le fracas des rafales et des
explosions, quitter brutalement leur terre natale
et prendre le chemin de l'exil, en quête d'un
problématique "point de chute" vers une
métropole que beaucoup ne connaissaient pas.
Leurs parents étaient aussi nés en
Algérie au siècle
précédent et ils y avaient fini leurs
jours sans avoir rien transmis de la mémoire
ancestrale des aventuriers de la faim, venus de
Provence, d'Espagne, d'Italie, de Malte...
Petits commerçants, artisans, modestes
employés ou fonctionnaires, il leur faut
perdre l'illusion longtemps entretenue d'un statut
protecteur de citoyens enracinés dans des
départements à jamais
français, statut légitimé par
le sang versé, guerre après guerre,
sur les champs de bataille d'Europe et d'Orient.
Ils entassent à la hâte
vêtements, souvenirs et objets
fétiches dans quelques valises, puis s'en
vont grossir une foule hagarde, encombrée de
ballots hétéroclites sur les quais ou
dans les aéroports.
Jusqu'à leurs derniers instants, ils
garderont au fond des yeux l'inguérissable
blessure de cet arrachement. Ils se sont
éteints ou finissent lentement de
s'éteindre, murés dans leur silence,
leur souffrance et leur dignité.
Sans le moins du monde porter atteinte à
la pudeur qui leur est due, Anne-Lise Blanchard
leur rend, par les hauteurs d'un langage
poétique vibrant et fruité, un
hommage discret et bouleversant. Elle est de ceux
qui, enfants ou adolescents, ont accompagné,
dans leur incompréhensible exil ces
êtres brisés par l'inimaginable
rupture survenue au crépuscule de leur
existence. Merci de tout coeur à Anne-Lise
d'avoir su, avec cette force et cette
sobriété, leur rendre justice
à travers les souvenirs d'une petite fille
qui clame silencieusement son amour pour une ombre
vêtue de noir et entrouvre pour nous, dans
une mémoire embaumée des parfums
d'antan, la porte de la chambre interdite des
parents.
Jean-Claude Xuereb
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Dans la chambre des parents, on entre
malgré soi sur la pointe des pieds. Appui
trop léger pour résister à ce
retour, non pas en arrière mais au fond de
soi. Un tourbillon vous emporte dans
l'abîme.
C'est le sourire retrouvé des enfants
tout-petits, une attitude oubliée. Ou encore
une expression qui vous est familière et
vous voilà bousculé dans votre propre
enfance.
Vertige de se voir soi, de l'extérieur,
en contemplant le visage de son enfant ou d'un
aïeul.
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Père, mère, vous êtes si
jeunes encore, de cette jeunesse qu'on n'a pas
entièrement vécue. Jamais ne vous ai
entendu pleurer une jeunesse qui fut. Elle vous a
été volée et vous taisez ce
vol comme une honte.
Père, mère, je vous en supplie,
parlez-moi de ce que vous aviez entrevu ensemble de
votre avenir. Puisque je suis là, simplement
là.
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De loin en loin se dévoile l'ancienne
blessure, tue sur cette terre nouvelle. Alors c'est
comme si un suint affleurait sous des bandages bien
serrés.
Cette chose, vous la taisiez pour l'effacer.
Mais ce silence comme une tache vous accusait alors
que vous étiez innocents.
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Henri
Heurtebise a
donné vie une première fois à
ce texte en le publiant dans la revue
Multiples.
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