REVUE DE PRESSE

des Editions Orage-Lagune-Express

LA VOIX DU LYONNAIS (5 octobre 2000)

Dans ce recueil, jean-Jacques Nuel, nous propose d'accompagner l'errance d'"il", de l"'écrivain", puis de Jean-Marc, dans 3 situations, 3 moments de leur vie, d'une vie, qui est peut-être.la même, peut-être 3 autres. Il ne nous en dit rien...

L'écriture et la Gare

Ces 3 histoires ont en commun, les gares, la littérature, la ville de Lyon, où "il", "l'écrivain", puis "Jean-Marc" promènent leur solitude, indifférents à ce aussi bien qu'à ceux qu'ils croisent, les jours où le temps est comme suspendu : les dimanches d'ennui.Trois histoires courtes et denses, dont la littérature est le personnage principal.

L'auteur nous dit que "les mots ne sont rien", qu'ils n'ont pas de mémoire", et que l"'on écrit comme on vit, sur du vent, sur de l'eau, sur de l'air". S'ils n'ont pas de mémoire, c'est sans doute parce qu'ils sont La Mémoire de l'Homme, mémoire de nos vies, comme une trace laissée derrière nous, pour l'éternité... Si l'on écrit comme on vit, c'est parce que l'on ne peut écrire que la vie... parce qu'écrire c'est décrire. On dit que les paroles s'envolent et que les écrits restent, mais sans la parole, les écrits ne sont rien, rien d'autre que le véhicule de la langue, "alignée de signes muets, stupides" auxquels elle donne corps et sens, et dont elle est l'essence.

Il est beaucoup question de gares aussi, dans ces trois histoires, comme si dans le fond, une oeuvre littéraire était une sorte de gare, lieu de passage, où l'on croise d'autres vies, où l'on se perd, se retrouve, et dont on sort toujours transformé, comme après un voyage...

Écrire, c'est voyager à l'intérieur de soi-même, sortir de soi pour aller vers les autres, comme une aventure intérieure, un voyage immobile, comme celui que font les héros de ces trois histoires. Voyage immobile qui en entraîne d'autres, ceux que feront, à leur tour, Ies lecteurs, à l'intérieur d'eux-mêmes, puis vers l'auteur, les autres lecteurs, comme on se croise dans une gare, proches à se toucher, se frôler, et pourtant sans se voir...

Isabelle Chanvillard

 

POESIE/PREMIÈRE N° 18, novembre 2000/février 2001, revue poétique et littéraire,Ed EDITINTER, bp 15 91450 SOISY-SUR-SEINE, http://poesiepremiere.free.fr

Les personnages et les lieux que Jean-Jacques Nuel évoque vivent lorqu'on le lit comme s'ils étaient nos propres souvenirs. Les lecteurs de Poésie/première ont pu le constater à la lecture du marché de la poésie, publié dans le numéro 14, qu'ils retrouveront avec plaisir dans cette plaquette aux côtés de deux autres textes.Ces trois portraits d'écrivains posent le problème de la place de la littérature dans la société. Nos villes sont les centres nerveux d'un réseau mondial de communication où les trains, les hommes, et les textes se croisent et souvent se cachent dans la rumeur des gares. La littérature y est marginale, à l'image des revues noyées sous le flot de l'information, des poètes enfermés dans les rituels du marché de la poésie, des langues qui ne parlent jamais qu'à quelques groupes humains. Pour autant, Nuel ne laisse pas l'angoisse pascalienne le gagner devant la finitude de l'écrivain : "la bière est fraîche, douce et un peu âcre à la fois, un goût mêlé comme les heures de la vie".

Emmanuel Hiriart

 

LA PETITE REVUE DE L'INDISCIPLINE (Numéro 76, Automne 2000), Christian MONCEL, B.P 1066 69202 LYON CEDEX 01 (France), http://perso.wanadoo.fr/christian.moncel/

Jean-Jacques Nuel, La Gare, suivi de : Les Langues et Le Marché de la Poésie

Ces dernières années, Jean-Jacques Nuel a commencé à faire paraître un certain nombre de textes destinés à être réunis plus tard sous le titre de Portraits d'écrivains. S'agit-il d'autofiction, comme certains l'écrivent, et, derrière ces écrivains divers, est-ce toujours Jean-Jacques Nuel qui est montré ? Méfions-nous des simplifications. Dans le numéro 68 de l'Infini, sous le titre Sommeils, nous voyons un écrivain qui, tout en continuant à écrire, devient peu à peu gâteux, lui-même ne s'en rend pas compte, mais ses proches le veillent comme un moribond.

Autofiction ? Portrait prémonitoire? Est-ce vraiment ce que Jean-Jacques Nuel deviendra dans 60 ans ? Il est permis d'en douter.

Dans La Gare, par contre, si l'on connaissait peu Jean-Jacques Nuel, on pourrait se demander si l'écrivain présenté n'est pas un frère très proche de lui-même. On pourrait noter qu'actuellement, Jean-Jacques Nuel habite non loin de la gare de la Part-Dieu. Mais cela ne prouve absolument rien, sinon qu'il est tout à fait normal que l'on trouve dans la fiction quelques éléments de réalité.

Que faire le dimanche après-midi ? Pour l'écrivain solitaire, la gare représente le salut. Non pas comme point de départ, mais comme point d'arrivée, but de la promenade. Mais que peut-on trouver à la gare si l'on ne prend pas le train ?

Dans Les Langues, il ne s'agit évidemment pas du Jean-Jacques Nuel réel et actuel, et je le regrette pour lui : "L'écrivain était maintenant connu. Son nom figurait dans les divers recensements et catalogues officiels. Ses livres se vendaient bien. Les sorties en poche prolongeaient le succès des éditions originales. On commençait, lentement mais sûrement, à traduire ses oeuvres dans un nombre de langues croissant."

Là encore, s'agit-il d'un portrait prémonitoire ?

Dans Le Marché de la Poésie, Jean-Jacques Nuel rend bien ce dosage d'illusion, de désillusion, d'excitation et d'abattement, qui constitue, souvent, le lot des jeunes auteurs qui s'efforcent de se faire éditer et de se faire connaître.

Ces quelques nouvelles de Jean-Jacques Nuel ne manqueront pas d'intéresser ceux qui aiment trouver, dans la fiction, l'écrivain comme thème. Ceux qui, au contraire, détestent que, dans les ouvrages d'imagination, on nous montre des écrivains risquent, au bout de la quatrième nouvelle, d'en avoir un peu assez, malgré tout le savoir-faire de Jean-Jacques Nuel. Mais ici, justement, il n'y a que trois nouvelles.

 

Christian COTTET-EMARD, Alma s'en va (nouvelle)

Il convient de mentionner les petits ouvrages publiés par Orage-Lagune-Fxpress pour la qualité de leur présentation et leur prix modique, mais aussi, bien évidemment, pour la qualité de leur contenu.

Alma s'en va aiguise d'abord habilement la curiosité. Cela commence comme une nouvelle policière et, par une transition adroite, cela finit en nouvelle fantastique. Mais n'y a-t-il pas quelque chose d'emblématique de notre destin dans les paroles que prononce l'un des personnages , à la fin de la nouvelle ?

"Nous nous battons tous contre un ennemi énigmatique, quelque chose de ténébreux, d'informe, qui nous réveille la nuit pour aliéner notre sommeil et qui nous endort le jour dans une dangereuse somnolence pour nous priver de nos rêves fondateurs".

 

Roland FUENTES. Où elles vivent à présent, suivi de Le PDG sur le couvercle et L'Homme orchestre (nouvelles)

Ces trois nouvelles sont chacune d'un genre différent. Le PDG sur le couvercle est, d'après moi, une sorte de poème en prose plutôt qu'une nouvelle. Où elles vivent à présent est une nouvelle étrange, alors que L'Homme orchestre, d'une veine plus réaliste, nous présente la révolte d'une vieille femme contre son mari qui a toute sa vie accaparé la conversation. Mais, dans Où elles vivent à présent, les femmes, qui font bloc contre les hommes, prennent aussi leur revanche.

Sébastien

 

HÉMATOMES CROCHUS, Revue Littéraire Bizarriste semestrielle, Matthieu Santonja, 278 avenue de Fabron Villa Plein Vent 06200 NICE, http://www.chez.com/hc  

Un micro-éditeur aux publications remarquables, et qui livre au Net de nombreuses critiques de livres et de revues...

 

HAUTEURS, revue littéraire du Nord et d'ailleurs, visages du fantastique N°3, décembre 2000, 61, avenue de liège 59300 Valencienne, millet-hauteurs@wanadoo.fr ou labbe65@yahoo.fr

Cette plaquette de 26 pages contient trois nouvelles de Jean-Jacques Nuel : La Gare, Les Langues et Le Marché de la poésie, portraits de trois écrivains solitaires qui suivent un rituel bien établi pour tromper la petitesse de leur existence. Le premier, tous les dimanches après-midi, fait une immersion dans la foule de la gare. Dimanche désoeuvré du citadin solitaire. Il consulte les revues littéraires pour constater qu'une fois de plus, son nom n'y figure pas.

Le deuxième écrivain se débat avec ses "rêves d'universel" mais se heurte désespérément aux limites des langues, des mots qui sont aussi de passage et ne prolongent que de peu l'existence de l'écrivain.

Jean-Marc, le troisième écrivain suit son pèlerinage annuel au marché de la poésie. Cet événement rythme sa vie sans relief de petit animateur d'une obscure revue de poésie. Le marché est un village avec ses habitués, ses militants du "compagnonnage littéraire". Pendant trois jours, il a l'impression d'être plongé dans "la littérature", mots et oeuvres entrecroisés entre auteurs et éditeurs avant de retrouver sa morne existence quotidienne.

Avec une ironie douce-amère, Jean-Jacques Nuel examine les petits "travailleurs" amoureux de la littérature, pour qui le succès n'est qu'un rêve lointain.

Rózsa Tatár

 

BRÈVES N° 61, actualité de la nouvelle, 11300 VILLELONGUE D'AUDE, atdugue@club-internet.fr

Un cahier tout mince de trois nouvelles dont la Gare est la principale. Elle relève du genre "où il ne se passe rien" pour mieux dire cette sorte d'ennui qui saisit parfois, puisque le personnage tient à aller traîner le dimanche après-midi à la gare de La Part-Dieu, la plus fréquentée de Lyon. La troisième nouvelle aussi, qui se passe au célèbre "marché de la poésie". Et quand on achève la lecture des trois textes, on s'aperçoit qu'en fait il s'agit d'une interrogation sur la littérature et notamment sur le mouvement des revues (Jean-Jacques Nuel dirigea la défunte revue Casse).

Philippe Landry

 

TRAVERSÉES N°27, revue littéraire trimestrielle, Faubourg d'Arival 43 à B-6760 VIRTON (Belgique)

Depuis Brel, on sait combien un aéroport peut être triste le dimanche. Jean-Jacques Nuel explique que la gare peut s'avérer à l'identique (Dimanche est un jour de trop). Enfin, elle a tout de même du mérite cette gare lyonnaise, c'est de rester un lieu de vie ouvert, malgré tout. Du pain bénit pour le héros qui, suivant un rituel dominical immuable, visite les librairies ferroviaires et le buffet : Il s'installe sur un tabouret trop haut el demande un demi pression. Une tranche de vie en quelque sorte. Deux autres récits s'intéressent au problème de la restriction du public de langue française (Les langues) et, de façon très rituelle aussi, au marché de la poésie de la place Saint-Sulpice à Paris.

 

LE CRI D'OS N°31/32, Jacques Simonomis, 34 bis rue de la Tour d'Auvergne 75009 Paris

Ce fascicule, d'une vingtaine de pages à glisser dans une poche, regroupe trois textes en prose : "La gare", "Les langues", "Le marché de la poésie". Les réflexions cheminent entre les descriptions, empreintes d'accents pascaliens jamais amers. Si, dans "La gare", "Dimanche est un jour de trop", la solitude de l'auteur, spectateur de la solitude des autres, est une solitude habitée par l'intérêt littéraire. L'écrivain reconnu s'interroge dans "Les langues" sur un "bonheur qui n'est jamais complet", le mythe de Babel, la pérennité de l'oeuvre. "Le marché de la poésie" dépeint ce "village du livre dont tous les habitants se connaisent". Nous le reconnaîtrons et nous y reconnaîtrons. L'écrivain y "aime ce dosage exact d'illusion, de désillusion, d'excitation, d'abattement" qu'il y rencontre.

A.B.

 

COUP DE SOLEIL N°53, poésie et art, Michel Dunand 12, avenue de Trésum 74000 Annecy

 

J'ai récemment reçu coup sur coup deux livrets : En Italie et Zéro Main de Jean-Louis Jacquier-Roux , parus respectivement chez ORAGE-LAGUNE-EXPRESS, à Oyonnax, et aux éditions Pré Carré à Grenoble.Deux passions, deux mythologies, deux cultures : l'antique péninsule, un rien aristocratique, et le cyclisme centenaire, plutôt plébéien, bien sûr, avant le procès Festina ! Des impressions sensibles, à fleur de silence...

Christian Cottet-Emard, dans sa préface à "En Italie", affirme sur le mode amicalement provocateur : "Rendons-nous à l'évidence de ce recueil : de l'univers des centaurelles et des lézards épanouis de décombres, c'est un poème rudéral." Et c'est en effet le paradoxe de ces textes qui ne célèbrent pas une grandeur disparue mais un quotidien saisi n'importe où, par exemple, entre la sensation éphémère et l'âme de la Renaissance, comme en cette Via Cherubini de Florence : "un parfum de brioche comme un plaisir en plus/ juste avant/ les Fra Angelico / du Musée Saint-Marc." L'auteur inscrit sa propre démarche, sans rejet en marge du rituel obligé des villes cultes : " lieux accessoires, Rome, Pise ou Florence me donnent l'image exacte de mes lignes de fuite." Mais c'est pour coller davantage au processus de l'inexorable dégradation des traces de notre passage : " Ma langue enfin est une fresque / à demi effacée et l'instrument même de cette / lente destruction." On se prend à songer à ce vers de Baudelaire : "L'irréparable ronge avec sa dent maudite..." A cette différence près, de taille : Jean-Louis ne maudit pas la ruine, il l'assume... Il taraude le réel, écartelé entre les multiples tentatives d'interprétation du monde et de ses représentations. Ainsi dans l'arrière-cour du palais Farnese, il s'interroge : " Oiseaux ? Statue ? Sur l'instant quelle part enfouir dans ma / mémoire pressée, quel lien tisser entre / ces images trompeuses quand / je sais la rigueur du poème ? " Il précise encore: " Le poème s'inscrit aussi / dans la faille / et sa vie apparaît / comme l'histoire d'un pays / autour des pierres/ encore en place." Les gestes les plus simples retiennent l'attention du poète ; telles ces deux passantes croisées à Coltfiorito, deux bigotes tristes composant un petit tableau instantané, lequel tourne court sur une note sombre : " Aux rides du silence / elles abouchent leur peine puis / se détournent." Carnet de croquis, du temps retrouvé, sans effusion lyrique mais avec l'économie du juste mot. Bonheur absolu, ce haïku lâché au détour d'une page "Pêcher en fleur / cerné de noir / Petite île d'impatience."

...

Une écriture tramée comme un (e) (p) art de vivre, loin des ouragans médiatiques, mais aussi , et c'est bien dommage, hors des librairies, y compris les meilleures. Aux lecteurs actifs de mériter le passage du facteur, comme Noiret-Néruda, dans un film magnifique, IL Postino !

 

Ménaché

 

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