
POÉSIE-RENCONTRES n°49-50, responsable : Marc Porcu, 61 avenue Sidoine Apollinaire 69009 Lyon |
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Christian Cottet-Emard, après L'inventaire des fétiches, Le pétrin de la foudre, Le passant du grand large, L'alerte joyeuse, Alma s'en va, produits par la maison d'édition qu'il dirige, et quelques plaquettes confidentielles, publie en édition bilingue La jeune fille/A rapariga, poème. L'ouverture, après le collage en apesanteur de Bernard Deson, esquisse l'entrée dans le merveilleux contre l'obstacle d'un réel parfois aussi pesant que menaçant : "Quand les tâcherons hostiles/ travaillent mon ombre/ à la feuille de/ plomb, / j'appelle,/ derrière le drap du jour,/ la jeune fille qui garde le monde." Tous les repères s'égarent, le réel entre en fantasmagorie : "L'instant lui est une saison,/ le raisin un passant et le vin un farceur, l'anémone une étoile et le ciel un matin". Mais il ne s'agit pas d'édulcorer la vision. Fantasmer n'est pas sans risque : "Attention,/ ami distrait de la dernière averse,/ l'arbre où s'endort la jeune fille/ est la demeure de la foudre." Une représentation du monde élémentaire surgit au détour d'une page tournée sur elle-même : "La source ne ment pas,/ la forêt se rappelle, le fleuve tient parole/ et la mer a le temps./ C'est pour la jeune fille". Bien sûr, cette omniprésence de la jeune fille annonce sa disparition : "l'absence/ de la jeune fille désole/ le paysage." On se souvient du mot de Balzac : "Quel opéra qu'une cervelle d'homme !" Christian Cottet-Emard emboîte le pas à tous les rêveurs de mots animés dans la solitude du cabinet des écritures, pour repeupler l'espace soudain vidé de tout sens : "Je laisse mon orchestre intérieur organiser librement cette musique lorsque, dans une éblouissante clarté, mon ombre disparaît dans un envol de jeunes filles..." Fin du mirage, au cri de "Balthasar, Balthasar !" La voix s'affirme et touche juste à l'écart de la tentation des artifices "dans la forêt des sens."
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