YAN ZORITCHAK

par Ménaché

 

 

  Yan Zoritchak, fils de paysans slovaques, né à la fin de la deuxième guerre mondiale, est venu s'installer à Talloires, au-dessus du lac d'Annecy. Cet artiste, formé à la taille du cristal de Bohème et aux techniques du verre moulé à l'Ecole Supérieure du verre de Zeleny Brod, ne s'est pas contenté de cette initiation traditionnelle. C'est à la Haute Ecole des Arts Appliqués de Prague qu'il achève sa formation artistique. Une fois installé dans son cadre d'élection, en Haute-Savoie, l'artiste se livre à des expérimentations fécondes dans les années 70 mais n'a pas encore la vie facile. En 1973, une exposition au Musée-Château d'Annecy lui apporte un début de notoriété internationale. Dès lors les expositions se suivent à travers le monde et Yan Zoritchak se voit confier par le Ministère de la Culture la direction d'un premier centre de formation consacré à l'art du verre, à Aix-en-Provence.

Ce terrien d'origine, devenu successivement citoyen du monde et piéton spatial, est fasciné par les astres. Il observe le ciel non pour le décrire et le représenter mais pour le réinventer, en précipiter devant le spectateur ébloui des fragments de lumière solidifiés :

 

Espace des anges

conquis sur le néant

L'alchimiste a trouvé

l'or du temps

entre deux spasmes

De son atelier s'envolent des "oiseaux" ou des "messagers de l'espace" qui colportent le chant des astres, le diffusent en faisceaux flamboyants :

 

L'oiseau-lyre fait la roue

dans le prisme brisé

de son chant

et la lumière s'envole

joyau de feu

Pépiniériste parmi les astres, horticulteur intergalactique, l'artiste après avoir planté une fleur arctique" sur la calotte glaciaire du pôle nord, en 1993, nous offre des bouquets de "fleurs célestes" ou recompose en une méticuleuse alchimie de luxuriants "jardins célestes" à nous couper le souffle :

 

Fleur céleste jaillie

de l'infini

sa corolle est une promesse

mais la tige échappe

aux mains qui se tendent

La terre, miroir cosmique, réfléchit ses trésors à des millions d'années-lumière. Ainsi, le paysage céleste finit par devenir familier. Le spectateur accède à l'infini en ouvrant l'oeil en grand angle. L'illusion parfois se dissipe quand l'astronaute se retrouve cloué au sol. Pourtant l'admiration, elle, n'est pas près de retomber :

 

 

L'artiste capture le regard du spectateur dans les transparences de l'oeuvre, là où la lumière semble jaillir d'elle-même. Le voyage cosmique commence mais l'univers reste plein d'incertitude pour l'homme toujours prompt à maudire sa condition :

 

Rocher errant entre

deux galaxies

depuis que Sisyphe

a lâché le morceau

il s'est épris d'un corps céleste

 

Yan Zoritchak a quelque chose d'un chorégraphe quand il met en scène les "signaux cosmiques" qu'il nous envoie. S'il travaille masqué, c'est que le feu qui le dévore au-dehors comme au-dedans est dangereux pour la rétine, redoutable pour les bronches. Orfèvre en astérides, il doit le tenir à distance, l'apprivoiser pour que l'opéra céleste s'anime à son gré. Le démiurge transcende les cristaux en vrac dans le four chauffé à blanc, opère la transmutation sans autre pierre philosophale que la parfaite maîtrise de son art :

 

Astéroides allumées

en plein ciel

elles se prennent pour des stars

mais le maître de ballet

les prend au filet

 

On peut découvrir les oeuvres de Yan Zoritchak à la Galerie Nadir (Annecy et Lyon - où son exposition "Outre Lumière" a été présentée en mai et juin 2002 -) et dans de très nombreuses collections publiques à travers le monde (Allemagne, Australie, Chine, Hongrie, Japon, Pologne, Etats-Unis, etc.) Au-delà des apparences, les oeuvres de l'artiste doivent être perçues, selon sa formule, comme des "condensateurs d'espace". Elles élèvent le spectateur vers le cosmos, tout en construisant une utopie esthétique et métaphysique à hauteur d'homme.

 

Ménaché

SUR INTERNET :

ACCUEIL